Chapitre XVI : Nostalgie d'un temps passé

 

Tandis que l’Apprentie commençait à glisser sa main dans la brèche qu’elle avait créée, un bruit sourd se rapprocha de plus en plus jusqu’à devenir presque insupportable. Elle se retourna vivement et constata avec effroi que les troupes de Bartimé les avaient rejoints. Etant toujours dans la grotte, Kloe voyait les hommes de Bartimé. Celui-ci avait les yeux d’un orange brûlant, exprimant tout à la fois la satisfaction, le désir et la fureur. Kloe en resta figée d’effroi. Il était trop tard pour faire demi tour et avec cette brèche ouverte, elle avait déroulé un véritable tapis rouge jusqu’à la dague pour son plus grand ennemi. Une odeur épouvantable empesta l’air, à mesure que l’armée du fils d’Oleg progressait. Elle semblait vouloir entrer entière dans cet espace confiné. Pourtant, Kloe ne douta pas une seconde que ce fut impossible. Plus rien ne l’étonnait désormais. Dans un geste désespéré, elle jeta un furtif regard aux deux hommes près d’elle. Elle ne reçut pour réponse qu’une mine hébétée de la part d’Eufimios. Le visage de Latronis s’était métamorphosé. Il était empli d’une horreur sans aucune mesure et la peur qu’exprimait son regard pétrifia la jeune fille qui sentit son sang se glacer dans ses veines. Elle crut devenir un animal au sang froid et un frisson gelé lui parcourut l’échine. Lorsqu’elle sentit couler des larmes sur ses joues crasseuses, Kloe ferma les yeux. Des souvenirs rejaillirent par centaines. Tous simultanément, et pourtant tous si clairs.

 

Elle avait cinq ans. Ses parents et elle étaient partis à la mer pendant les va-cances d’été, en Indonésie, son île natale. La mer était calme, belle, paisible. Presque translucide. Seul le faible bruit feutré de leurs pas sur le sable venait troubler la tranquillité de ce lieu. Et ses rires aussi. Oui, Kloe semblait heureuse, ses petites boucles noires virevoltant en fonction du vent, ses yeux verts malicieux brillants d’excitation à l’idée prochaine de rejoindre l’eau fraiche. Elle gambade, joyeuse, insouciante, au bord de l’eau. L’écume vient dévorer ses petits pieds. Elle rit de plus belle de ne voir qu’une couche blanche brumeuse recouvrir ses orteils. Elle ne sait pas encore ce que c’est que l’écume. Ses parents la regardent, attendris. Puis ils la soulèvent par les mains et ses pieds quittent le sable mouillé dans un bruit de succion. Alors, son corps tout entier plonge dans l’eau turquoise, ses petits bras frêles jouant avec les vagues. Ils passent ainsi près de vingt minutes dans l’eau, avant que celle-ci ne commence à se rafraichir. Dès lors que leurs lèvres commencent à se teinter de violet, ils sortent et les bras rassurants de Pauline attrapent sa fille pour la sécher vigoureusement dans une serviette rêche. Kloe râle. Ca la gratte. Lui enfilant une salopette en vieux jean par-dessus son maillot de bain, son père l’empoigne et la fait grimper sur son dos. Ils courent ainsi sur plusieurs mètres jusqu’à rejoindre la maison de la grand-mère de Kloe, d’où s’échappe un fumet appétissant. Du poisson frit et du riz basmati façon mamie ! Tapotant gaiement dans ses mains, la petite fille sourit. Il lui manque une dent, qu’elle s’est cassée en faisant de la balançoire il y a trois semaines. Mais cela, Kloe s’en soucie peu. Tout ce qui lui importe est de voir sa grand-mère et d’entendre toutes les voix de la famille, regroupées autour d’une table et d’une assiette bien pleine.

 

Les larmes coulèrent de plus belle. La jeune Apprentie voyait la mort s’approcher de plus en plus et pourtant, elle était submergée par ses souvenirs d’enfance, de son île, du regard rassurant de ses parents. Ils lui manquaient tellement ce jour-là que sa gorge la brula. Elle eut envie de hurler mais n’en eut pas le temps. Un autre souvenir la rattrapa, beaucoup plus récent. Mille fois plus douloureux.

 

Tout émoustillée à l’idée de suivre son premier cours de Magie, Kloe ne se rend pas compte de la tenue ridicule dans laquelle elle est : une robe jaune délavée et trop grande pour elle. A ses côtés se tient Maître Edris, impressionnant, vêtu d’une cape, qui lui dévoile petit à petit les secrets d’un art noble et ancestral. Studieuse, la jeune fille dessine tant bien que mal des plantes qu’elle différencie mal, malgré les commentaires aiguisés de son professeur qui la sermonne quand son esprit s’égare. Ici la mandragore, là la verveine, puis l’achillée millefeuilles. Cette espèce aux propriétés si particulières ! Ses yeux s’écarquillent quand elle entend qu’elle a la force de redonner du courage et de préserver des blessures. Elle n’en croit pas un mot. La Magie est pour elle un monde encore beaucoup trop sourd, dans lequel elle se perd, elle s’égare. Cependant elle prend note, elle dessine, effectue des croquis qui se veulent ressemblants. Ce monde lui plait. Elle s’émerveille d’être dans une serre tellement immense qu’elle doute de ne pouvoir jamais en faire le tour complet. Elle voit autour d’elle des centaines d’autres couples, un récitant, l’autre prenant tantôt des notes, tantôt dessinant. Tous semblent si concentrés. Depuis combien de temps sont-ils là ? Kloe ne mesure pas le temps qui s’écoule. Elle se contente de prendre des notes. L’achillée millefeuille est une plante qui se développe surtout sur des sols secs, en Europe, Asie et Amérique du Nord. Distraite par tous ces bruits de pas autour d’elle, la jeune Apprentie entend cependant que c’est une plante qui se récolte du milieu de l’été jusqu’à l’automne, qu’elle peut être rose ou blanche mais toujours avec une odeur camphrée. Tant de détails sur des plantes ! Comment ces jeunes gens peuvent-ils avoir l’air si passionnés par l’historique d’une plante ? Une fois encore, elle se fait rappeler à l’ordre. Si elle ne suit pas assidûment les cours, jamais elle ne parviendra à maîtriser sa puissance.

 

Comme elle était submergée par ses souvenirs, Kloe ne se rendit pas compte de l’avancement de l’armée de Bartimé. Pourtant, la troupe toute entière était presque dans la grotte et ni Eufimios ni Latronis n’avaient bougé. Leur Maître aurait pourtant pu se transformer, s’envoler, fuir. Ça n’aurait pas été la première fois qu’il aurait fait preuve de lâcheté. Kloe ne comprenait pas ce qui se passait. Ainsi, ils étaient tous condamnés ? Aucune autre alternative n’était possible ? Ils allaient devoir affronter la mort avec dignité. Elle repensa soudain à Edric et son cœur sembla se déchirer. Un terrible néant l’envahit et sa vue se brouilla momentanément. De nouveaux souvenirs lui brûlèrent les entrailles et elle tomba à genoux, dans un bruit sourd. Mais personne ne sembla vraiment s’en soucier. Le fils d’Oleg affichait une mine réjouie. Il était arrivé à son but, et il allait pouvoir détruire d’un même geste trois ennemis, dont deux qu’il redoutait plus que tout. Il les avait aculés. Son bonheur était à son comble. Rien ne pouvait l’entacher. La puanteur s’amplifia dans l’espace confiné et Kloe eut le tournis. Eufimios lui jeta un regard désemparé, l’implorant de faire quelque chose, de trouver une solution. Elle l’entendit murmurer pour lui-même que si elle était si puissante, elle devait réagir. Elle repensa alors aux paroles d’Edric dans son rêve. Son cauchemar ? Elle l’avait laissé tomber. Elle n’avait rien fait pour le sauver et il en était mort. Par sa faute. Il était normal qu’Eufimios se pose des questions, la somme d’agir. Allait-elle laisser Eufimios et Latronis mourir eux aussi ? Elle ne devait pas, elle n’avait pas le droit de recommencer. Deux êtres chers étaient déjà morts et elle ne voulait pas en avoir deux autres sur la conscience. Mais que pouvait-elle faire ? Elle, simple Noble Apprentie qui n’a pas été très attentive à ses cours de Magie. Elle aimerait faire plus. Mais ses genoux refusèrent de lui obéir et le trou béant qui occupait désormais sa poitrine la faisait souffrir le martyr. Tremblante, elle voulut supplier Bartimé de la tuer, tout en laissant ses amis libres. Mais elle chassa bien vite cette idée, consciente que ça ne marcherait pas. Même dans les films ça ne marchait jamais.

Alors qu’elle cherchait vainement une solution, tantôt dans sa tête noire de désespoir, tantôt dans son cœur déchiré, un autre souvenir l’atteignit. Mais cette fois, elle n’était pas le sujet du souvenir. Elle y était extérieure.

 

Une jeune fille aux cheveux noirs de jais, une mèche rebelle s’échappant de sa tresse, les yeux verts en amande, semblait s’émerveiller de tout un matériel, posé sur une table. Plumes, encens, bouquins, bougeoirs, tout y était. C’était plein de couleurs, toutes plus resplendissantes les unes que les autres. Du bleu, du rouge, du blanc, du turquoise, du parme. Une harmonie sans équivalent emplissait la pièce et il régnait une ambiance feutrée, les couleurs semblant tamiser la lumière de la chambre. Une feuille de papier blanc était posée sur un bureau, près de laquelle il y avait cette magnifique plume, une plume de Geai bleu. D’aussi loin qu’était le témoin extérieur, cette plume flamboyait. Cette plume aux vertus si spectaculaires, posée si nonchalamment sur ce bureau. Pourquoi était-elle là ? Que voulait en faire la jeune fille, si joyeuse, si pimpante ? Avait-elle besoin d’une quelconque réponse ? Si oui, le problème ne devait pas être bien grave, vu l’humeur allègre de l’Apprentie. Et pourtant, cette plume. La jeune fille s’en saisit et en plongea la pointe dans un pot de yaourt en verre recyclé en récipient à encre. La bouche entrouverte, elle réfléchissait, sans doute à ce qu’elle allait écrire. Puis, lentement, la pointe de la plume de Geai bleu toucha le papier et le souvenir s’estompa, aussi rapidement qu’il était arrivé dans la tête de Kloe, laissant derrière lui le son gratteux de la plume contre la feuille. .

 

De plus en plus de souvenirs emplissaient sa tête mais seuls quelque uns lui apparaissaient clairement. Avec un flou gaussien, elle voyait son père en pleine discussion avec sa mère. Ils parlaient santé financière. Lui disait que la Bourse chutait en cascade, elle lui répondait que c’était la faute aux traders. Il lui demandait où passait le bénéfice des banques. Elle lui rétorquait qu’il fallait regarder du côté des stock-options. Qu’est-ce que tout cela lui paraissait lointain, étranger. La bourse, les traders, les stock-options et les bénéfices…

 

Se ressaisissant petit à petit, Kloe tenta de se rappeler pourquoi ce souvenir de ce cours de Magie lui était revenu à l’esprit maintenant. D’autant qu’il était relativement vague dans son cerveau. Elle ne se souvenait plus pourquoi elle avait utilisé cette plume, ni ce qu’elle avait écrit. Pourtant, elle savait qu’elle devait porter de l’attention à ces souvenirs qui ressurgissaient maintenant. Si ses rêves avaient réellement une signification comme le prétendait Latronis, ses souvenirs devaient avoir un sens également. Mais elle avait beau chercher, encore et encore, aucune idée ne lui revint. Luttant contre les cris qui déchiraient son cœur et cherchaient à s’échapper de sa poitrine trop étroite pour eux, l’Apprentie tenta de se concentrer de nouveau. Elle avait l’impression qu’une heure au moins s’était écoulée depuis que l’armée de Bartimé avait débarqué dans la grotte. Pourtant, seules quelques petites minutes avaient passées. Mais ce temps avait été suffisant aux troupes ennemies. Désormais, elles étaient toutes là. Ne pouvant pas toutes entrer dans l’espace confiné, le plus gros des formations était resté à l’extérieur, prêt à l’assaut. Cette vision arracha un cri de stupeur à la jeune fille qui se tourna une fois encore vers ses deux amis. Le comportement de Latronis avait changé. Comme si quelque chose de bien était en train de se passer. Pourtant, même en y mettant toute la bonne volonté dont elle était capable, Kloe ne parvenait pas à voir ce qui pouvait se passer de réjouissant. Peut-être que son Maître avait finalement changé de camp. Ou qu’il souhaitait mourir.

Un coup d’œil derrière elle la fit cependant rapidement changé d’avis. La brèche qu’elle avait ouverte et par le biais de laquelle on apercevait la dague se refermait peu à peu mais Bartimé et son armée ne semblait pas s’en rendre compte.

Alors tout se mit en place dans son esprit et les éléments du puzzle qu’avaient constitués ses souvenirs lui parurent soudain très clairs. Elle put aisément imbriquer la plume de Geai avec l’achillée millefeuilles et l’insouciance de l’enfance. La plume de Geai était utilisée pour apporter des réponses aux personnes dans l’ignorance, l’achillée millefeuilles est connue pour redonner du courage et guérir les blessures. Et l’insouciance de l’enfance était censée l’aider dans sa reconquête du courage sans aucun doute. Lui redonner du baume au cœur et lui prouver que tout était encore possible. Qu’un jour, elle reverrait la mer. Qu’un jour, elle pourrait laisser ses pieds divaguer dans l’écume. Mais une ultime interrogation brillait dans son esprit comme une guirlande de Noël. Où devait-elle trouver de l’achillée millefeuilles ? Elle savait qu’elle avait dans son sac la plume bleue mais elle ne se souvenait pas avoir emporté de quelconques plantes. Et si…Il fallait qu’elle puisse parvenir à ouvrir son sac sans attirer l’attention des barbares. Comment allait-elle réussir à les occuper suffisamment longtemps pour qu’ils ne se soucient plus d’elle ? Désespérément, son attention se tourna vers son Maître qui capta son regard sans le comprendre toutefois immédiatement. Les prunelles de la jeune Apprentie firent des allers-retours entre Latronis et Bartimé mais le vieux Magicien ne sembla pas comprendre. Cela l’aurait arrangé qu’il fut capable de lire dans les pensées. Alors quelque chose revint dans l’esprit de Kloe. Edric lui avait dit que les Maîtres savaient tout ce qu’ils avaient besoin de savoir sur leurs Apprentis. Etait-il possible qu’elle puisse lui faire passer un message en captant son attention ? Après tout, la Magie l’avait souvent surprise… !

 

Kloe se releva et pivota sensiblement dans la direction de Latronis, tout en espérant que ses bourreaux n’aient rien remarqué. Comme elle l’avait fait pour tenter de trouver une source magique dans la caverne quelques instants auparavant, elle concentra son énergie sur son Maître. Celui-ci sembla s’en apercevoir puisqu’il leva un sourcil, décontenancé. Alors, ne sachant trop comment procéder, elle pensa à ce qu’elle voulait faire. Elle craignait trop, en voulant lui parler mentalement, que ses lèvres bougent involontairement et risquer ainsi d’être grillée. Et puis, elle ne voulait pas prendre le risque de fermer les yeux. Bien que le moment ait été approprié pour le désenchantement, elle préférait garder l’œil sur ce qui l’entourait, au cas où une attaque serait lancée. Elle était consciente qu’à trois, ils ne pourraient rien. Néanmoins, il valait mieux rester vigilant.

Elle pensa donc à sa manière de procéder. Elle sortirait une feuille et la plume de son sac et rédigerait la question suivante : Comment se procurer de l’achillée millefeuille ? en espérant que les vertus de la plume puisse l’éclairer, bien qu’elle ne sût pas comment elle fonctionnait. Voilà, c’était tout. Son maigre plan s’arrêtait là. Si tant est qu’on puisse appeler cela un plan. Hésitante, elle jeta un coup d’œil à Latronis et fut surprise de constater qu’il semblait avoir compris le message puisqu’il effectua un imperceptible hochement de tête. Elle-même eut du mal à définir si son imagination lui jouait des tours où s’il avait bel et bien acquiescé. Mais cela signifiait-il qu’il avait entendu ce qu’elle attendait de lui ou uniquement qu’il avait perçu ce qu’elle voulait qu’il voit ? Lorsqu’elle le vit gonfler la poitrine, elle comprit qu’il s’apprêtait à prendre la parole et elle lui en fut profondément reconnaissante. Malheureusement, elle n’eut pas le loisir d’écouter leur conversation. Ou plutôt son monologue. Puisque d’après ce qu’elle perçut de la discussion, seul Latronis parlait, les autres l’écoutant. Mais elle ne voulut plus perdre une seule seconde et commença sa descente. Lentement, très lentement, ses genoux se fléchirent jusqu’à toucher le sol rugueux de la noire pierre de la grotte. D’un coup d’épaule habile, elle fit passer son sac devant elle et en ouvrit rapidement la fermeture éclair, pour éviter de faire durer le bruit du zip. Latronis se déplaçait doucement et Bartimé le suivait des yeux, se désintéressant totalement de la jeune fille. Curieux et intéressé, Eufimios jetait des coups d’œil en direction de l’Apprentie, guettant ses besoins.

 

D’un geste précis, Kloe retira son Grimoire du sac puis en arracha une feuille vierge parcheminée. Ensuite, elle glissa sa main au fond du sac pour en retirer diverses plumes. Elle chercha des yeux celle qu’elle voulait et la tira du lot. Elle se saisit ensuite d’un peu d’encre. Elle s’apprêtait alors à écrire quand quelque chose de transparent attira son attention. Un petit sac incolore en plastique dépassait du Grimoire. Elle s’en empara et fut étonnée d’y découvrir une plante qu’elle connaissait bien. L’achillée millefeuilles. Son cœur battit à tout rompre et son sang ne fit qu’un tour. Elle était persuadée de ne pas avoir mis de plantes dans son sac, encore moins dans son Grimoire ! Elle leva les yeux au ciel et fut persuadée que Maître Edris n’y était pas pour rien. Mais pour l’instant, l’heure n’était pas à la surprise.

Elle se demanda soudain si elle pouvait joindre les deux éléments de la nature. Les lier entre eux pour doubler leur force. Une nouvelle question vint alors à elle tout naturellement maintenant qu’elle possédait la plante. Jetant un regard furtif à la tournure des événements, elle constata que Latronis avait de plus en plus de mal à tenir Bartimé occupé. Il fallait faire vite ! Elle s’empara de la plume de Geai bleu mais sa main tremblait tellement qu’elle manqua renverser l’encre. Elle s’intima de se calmer. Rapidement. Elle n’avait plus le temps. Respirant à plein poumons par le nez, elle observa ses doigts tout en se commandant de faire cesser les tremblements. Lorsque ceux-ci se furent suffisamment calmés pour qu’elle puisse écrire, elle trempa la plume dans l’encre et l’approcha de la feuille parcheminée aux bords havane. Inspirant profondément, elle dessina les lettres puis les mots formant sa question : Que devait-elle faire avec la dague ? Elle aurait pu demander de quelle manière elle devait se la procurer mais cela lui importait peu. Kloe était consciente qu’elle devait la prendre et ce, peu importe comment. Mais la question qui la travaillait depuis qu’elle avait connaissance de cette tâche qui lui avait été attribuée était celle de l’utilisation. Elle n’avait aucune idée de la manière dont elle devait se servir de cette dague pour préserver toute une humanité dont elle ne connaissait qu’une infime partie.

Puis elle attendit. Un signe. Une manifestation. Une réponse à sa question. Une réponse apportée par la plume. Mais rien ne vint. Les quelques secondes d’attente lui parurent une éternité mais étrangement, elle ne ressentait plus le néant au fond de son cœur, elle n’imaginait plus Edric l’accusant de le tuer. Son esprit était en train de vagabonder dans les méandres de la Magie afin de trouver une réponse à sa requête. Toujours rien. Son cœur s’emballa d’effroi mais elle ne percevait aucune crainte tangible, comme si son esprit ne répondait plus à son corps. Son cerveau tournait à plein régime et d’un coup, elle se leva. Elle ne s’embarrassa pas de son sac, ni même de son Grimoire, alors que c’était l’un des objets les plus convoités par Bartimé après la dague. Pourtant, tout cela lui semblait futile, sans importance. Seul son passage dans la brèche presque refermée comptait désormais pour elle. Ses jambes s’emballèrent sans qu’elle ne puisse exercer aucun contrôle et son rythme cardiaque s’accéléra sans aucune réticence de son corps. Elle s’était mise à courir comme un sprinter aux jeux olympiques que plus rien n’arrête. A la différence prêt qu’elle ne recherchait pas une médaille et l’honneur, mais une dague et la survie.

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