Chapitre XV : L'énigme

Bartimé et ses hommes arrivèrent sur le lieu connu de l’assassinat d’Edric près d’une journée après Latronis, Kloe et Eufimios. Le chef des Malificus s’en rendit compte par la tombe nouvellement creusée mais pas suffisamment fraiche pour être du jour même. Furieux, il alla la piétiner et lança tous les sorts qu’il connut pour détruire et maudire le mausolée du malheureux défunt. Mais rien ne fonctionna. Une vérité s’imposa dès lors à lui. Kloe était bien plus puissante que tout ce qu’il avait eu à affronter jusqu’à alors. Il comprit qu’elle ne consistait pas en un Grimoire puissant et des pouvoirs extraordinaires mais en un cœur encore plus puissant et extraordinaire. Comme il ne put saccager la tombe, il se mit en tête de saccager le cœur de Kloe, en plus de la tuer. Il ne s’imaginait pas à quel point cela pourrait être difficile et contraignant.

Sans plus s’attarder, ils continuèrent leur route, personne n’osant contredire Bartimé.

 

 ******

Il était déjà tard et Kloe était épuisée, morte de fatigue. Incapable de mettre encore un pied devant l’autre, elle alla vers Latronis et lui chuchota quelques mots à l’oreille. Il la regarda un moment et hocha la tête. Eufimios contempla leur manège sans trop se poser de questions.

Leur route avait été longue et éreintante, tous étaient exténués et avaient besoin de sommeil.

Latronis se transforma et survola les environs. A peine quelques minutes plus tard, il revint à leurs côtés, sous forme humaine. Il annonça à ses deux Apprentis qu’ils pourraient tous bientôt se reposer. Il avait vu l’orée d’un petit bois qui avait l’air tranquille, traversé par un petit ruisseau d’eau claire. Néanmoins, il faudrait marcher encore dix bonnes minutes. Tous se regardèrent et acquiescèrent, bien décidés à prendre du repos bien mérité, fusse-t-il encore patienter un peu.

Le sol était humide et moelleux. Parfais pour y établir un campement. Kloe ouvrit son sac et en sortit l’ultime nourriture qui y restait : une tranche de jambon sec et périmé. Ils partageraient. Elle partit à la recherche de fleurs comestibles. Il était temps de mettre en application les cours que lui avait donnés Maître Edris. Elle revint une demi-heure plus tard, les bras chargés de boutons fleuris. Les deux hommes étaient assis par terre, méditant. Lorsqu’elle les eut rejoints, Latronis créa un dôme protecteur et laissa son Apprentie leur préparer un petit dîner qui promettait d’être bref. Ils mangèrent en silence et se couchèrent dans un calme religieux.

La nuit de Kloe fut bien agitée. Elle rêva de son défunt amoureux, qui l’accusait de l’avoir laissé mourir sans rien faire. Elle suait et ne cessait de gigoter. Emettant de petits gémissements craintifs et quelques pleurs, elle réveilla Latronis. Celui-ci s’approcha d’elle et la regarda s’agiter quelques instants. Il toucha son front du revers de la main et constata qu’il était brûlant. Il ne mit pas longtemps à comprendre ce qui se passait. En effet, quand il entendit sortir de la bouche de la jeune fille les mots « Je n’ai rien fait ! Ce n’est pas moi ! Je ne savais pas où tu étais ! Je t’aime ! », il sut qu’Edric était le sujet de son rêve.

Il ne la réveilla pas. Pas tout de suite. D’abord, il créa une brèche dans le dôme et s’aventura à quelques pas. Il fut soulagé d’y trouver de la Passiflore. Elle était connue pour ses effets calmants et luttant contre la nervosité et les troubles du sommeil. Il en ferait une infusion à son Apprentie. Il rentra dans le dôme et referma la brèche. Il constata que Kloe était toujours aussi agitée et qu’elle commençait à aller de mal en pis. Il faudrait vraiment qu’elle apprenne à se contrôler car des rêves trop violents pourraient influer sur son état physique et mental. Et ce serait très dangereux pour leur quête ultime. Latronis se dépêcha de préparer l’infusion et alla réveiller calmement la jeune demoiselle. Malheureusement, son sommeil était profond. Il lui fut difficile de l’y enlever. Ne parvenant pas à la tirer délicatement de ses songes, il se résigna à lui faire avaler la potion au goutte à goutte. Il lui entrouvrit les lèvres et laissa couler le liquide chaud et odorant. Elle avala lentement toute la boisson. Les effets furent quasi immédiats. Au bout d’un quart d’heure, elle fut calmée et son sommeil redevint paisible. Néanmoins, Latronis ne put se rendormir complètement. Quelque chose le tracassait sérieusement. D’où venaient tous les rêves de Kloe ? Que lui apprenaient-ils réellement ? Lui disait-elle tout les concernant ? Il décida qu’ils en parleraient le lendemain. La jeune Apprentie était certes puissante, mais elle savait certainement des choses qu’elle ne comprenait pas.

 

 « Vous êtes déjà levé Maître ?

- Oui Kloe. A vrai dire, je n’ai pas dormi.

- Puis-je vous demander pourquoi ?

- Tu as eu un sommeil drôlement agité tu sais ? Tellement remuant que j’ai dû te donner une infusion de Passiflore. Tu n’es pas sans savoir quelles sont les propriétés de la Passiflore, bien évidemment.

- Quel rapport avec vous, Maître ? répondit Kloe en faisant mine d’ignorer les dernières paroles de son Maître.

- Eh bien…Je commence à me demander si tu me dis bien tout en ce qui concerne tes rêves. Tu sais que cela est très important. A mon avis, tu fais beaucoup de rêves concernant la dague. Beaucoup trop. Et ça te perturbe. Mais tu ne m’en parle pas. Seulement, si tu m’en disais plus, peut-être pourrions-nous trouver plus facilement l’emplacement de cette dague. Nous pourrions ainsi plus facilement retrouver famille et ami respectifs. Et je sais que cela, c’est ton rêve le plus cher. Tu as peut-être perdu Edric mais tu as encore tes parents et tes frères qui t’aiment. Tes amies aussi, Kathleen notamment.

- Je ne comprends pas Maître…que voulez-vous dire exactement ? bredouilla Kloe

- De quoi as-tu rêvé cette nuit, qui a pu provoquer de tels soubresauts de ta part ?

- De Edric. Il me disait que c’était de ma faute s’il était mort, qu’il n’aurait jamais dû mourir, que j’aurais dû aller le secourir, ne pas le laisser aux mains des Malificus, exposa la jeune fille dans un murmure à peine audible.

- C’est tout ?

- Non je…j’ai…enfin il me disait que je ne trouverais jamais la dague. Que j’étais trop aveugle pour reconnaître la légèreté du fleuve à l’eau claire, l’éclat du soleil eternel, et la solidité de la roche noire.

- Etonnant ce qu’il t’a dit. .

- Ce n’était qu’un rêve Maître !

- Non Apprentie. Ton ami avait découvert le lieu où était cachée la dague. Il devait s’y rendre. Mais il a été intercepté et a sans doute refusé d’indiquer le site aux Malificus. Du moins, c’est ce qu’on peut espérer. Le rêve que tu as eu cette nuit n’était pas un rêve ordinaire. Edric est venu te parler. Il est venu te prévenir, t’aider. Il est très éprouvant de faire de tels rêves.

- Mais comment pouvez-vous en être à ce point certain Maître Latronis ? Pourquoi ne serait-ce pas un rêve ordinaire ?

- Parce que tu ne fais pas de rêves ordinaires, conclut-il sur un ton sans appel. Maintenant, il nous reste à trouver le lieu désigné par cette énigme. Ce qui m’intrigue, c’est l’association de la roche noire avec le soleil éternel. Comment est-ce possible ?

- Peut-être que les éléments ne sont pas physiquement liés ? interrogea une voix ensommeillée

- Eufimios ! Te voilà réveillé ! Nous étions tellement absorbés par notre discussion que nous ne t’avons pas vu venir. Qu’entends-tu par « pas physiquement liés » ?

- Hé bien…je ne sais pas vraiment à vrai dire, avoua-t-il, ses joues devenant cramoisies, mais ce que je sais de source sure c’est que le soleil ne peut pas être éternel, encore moins sous une solide roche noire. La légèreté du fleuve et la solidité de la roche s’opposent. Quelque chose cloche. »

Ils discutèrent ainsi tous les trois pendant une longue demi-heure. Pourtant, ils ne résolurent pas l’énigme. Qu’avait voulu dire Edric ? Ils arrivèrent à la conclusion que les trois éléments devaient protéger la dague.

A défaut de trouver ce que cette phrase signifiait, Kloe alla chercher de l’eau à la rivière et en but une gorgée qui la revigora. Sur son chemin, elle récupéra quelques plantes, les mêmes que la veille au soir, et les apporta aux deux hommes, toujours en plein débat. Elle prépara leur repas, l’esprit cependant ailleurs. Elle refusait encore de croire que son amoureux voulait lui faire passer un message. Pourquoi ne pas lui avoir dit clairement l’endroit plutôt que de les faire languir ainsi ?

Latronis voulut repartir mais les deux autres s’opposèrent, sous prétexte qu’ils ne pouvaient pas s’en aller avant d’avoir résolu le mystère. Argument auquel Latronis opposa le fait que les Malificus devaient être à leur recherche et qu’ils ne pouvaient pas se permettre de rester trop longtemps sur un même lieu sans jouer avec leur vie. Bartimé ne devait plus être loin. Kloe et Eufimios se regardèrent et ne purent qu’acquiescer. De toute façon Latronis était leur Maître, ils lui devaient respect et obéissance, tous les deux. Ils continuèrent donc leur marche, sous un soleil de plus en plus chaud et assoiffant. L’herbe était de plus en plus jaunâtre et la terre leur apparaissait de plus en plus clairement. Kloe ignorait absolument tout de l’endroit où ils se trouvaient. Mais ce n’était pas ce qui l’accablait le plus. En effet, Latronis et Eufimios semblaient aussi absolument perdus. L’Apprentie regarda son Maître et la questionna du regard. Celui-ci feignit de ne pas la voir. Tous semblaient démesurément inquiets.

 

« Maître, pensez-vous que Bartimé et ses troupes soient encore à nos trousses ? questionna Kloe, dubitative.

- Pourquoi ne le seraient-ils plus ? Ils connaissent cet endroit mieux que per-sonne puisqu’il fait encore partie de leur territoire. Ils savent que nous sommes à la recherche de la dague. Eux aussi. Ils ne peuvent pas se permettre de laisser filer une occasion de récupérer l’objet tant convoité. Et de tuer trois magiciens, de surcroit.

- Mais Maître...le fait qu’ils nous recherchent si activement ne signifie-t-il pas que nous sommes proches du but ? Que nous nous approchons de la dague ?

- Il serait bien naïf de penser cela Apprentie. Eux-mêmes n’ont aucune idée de l’endroit où se cache cette arme. S’ils nous pourchassent, c’est pour être surs d’être là au cas où nous la trouvions, pour pouvoir nous la dérober. Soit bien sure que s’ils savaient où elle était, ils l’auraient déjà depuis longtemps. Nous en sommes au même point, au détail près que nous avons un Ange-Gardien qui veille sur nous et tente de nous aider. Si seulement nous pouvions comprendre ce qu’il essaye de nous dire…

- Ne pourrions-nous pas essayer de l’invoquer ?

- Ce serait beaucoup trop long Apprentie. Et risqué. Appeler les esprits repré-sente un danger considérable dans la situation où nous sommes. Nous ne sommes pas surs de tomber sur le bon esprit. Et le temps nous est précieux, c’est notre vie. L’invoquer prendrait de longues minutes, voire mêmes de longues heures. Heures nécessaires à Bartimé et ses troupes pour nous retrouver. Et s’ils nous retrouvent, nous ne pourrons plus nous échapper une seconde fois, même avec tout le génie dont vous faites preuve tous les deux. Il nous faut décrypter ce message seuls, et vite !

- « la légèreté du fleuve à l’eau claire, l’éclat du soleil éternel, et la solidité de la roche noire », répéta Eufimios. La solidité de la roche noire…j’ai déjà entendu cela quelque part. Ça fait déjà quelques heures que ça me travaille. Mon père m’en avait déjà parlé. Il me semble que c’était…à propos d’une grotte ou d’un sanctuaire, je ne sais plus. Malheureusement, je ne me souviens plus du lieu où il est.

- Te souviens-tu de ce qu’il t’avait dit à propos de cette grotte ou de ce sanctuaire ? C’est extrêmement important Apprenti, tu dois t’en souvenir ! implora Latronis

- Il m’avait dit…que c’était un lieu très ancien…perdu au milieu d’un sol aride. Il m’avait précisé que c’était un lieu sacré, indétectable sur une carte ou par voie magique et qu’il fallait avoir une excellente raison pour y pénétrer au risque de se faire rejeter violement. C’est un espace protégé par des puissances suprêmes mais difficilement accessible. C’est tout ce dont je me souviens…s’excusa-t-il penaud.

- Un lieu parfait pour cacher une dague et la protéger…pensa à voix haute Kloe. Il ne t’avait pas donné une description de cet endroit ?

- Non ! Il n’y est jamais allé. D’ailleurs, ce lieu est mythique. On dit beaucoup de choses à son sujet. On dit aussi que si l’on y rentre sans avoir une bonne raison, on devient maudit. Ca ressemble surtout à des contes pour bonnes femmes, maugréa-t-il surtout pour lui même

- Il faut y aller !! s’exclama violement Latronis

- Mais je ne sais pas du tout où se trouve cette grotte ou ce sanctuaire, riposta Eufimios

- Toi peut-être. Moi, en survolant les horizons, je peux peut-être détecter quelque chose. Parce que s’il est indétectable par Magie et sur une carte, cet endroit est tout de même visible à l’œil nu j’imagine. Cependant, j’hésite à vous laisser seuls. Je sens une présence magique qui se rapproche. Elle est encore loin mais elle arrive à une vitesse affolante. Et je ne peux pas vous prendre sur mon dos, je serais bien trop affaibli. Mon métabolisme de volatile est trop faible.

- Allez-y Maître. S’il se passe quelque chose, nous nous débrouillerons. La trouvaille de cette dague est beaucoup trop importante pour laisser filer une chance pareille. »

 

Latronis hésita quelques secondes puis acquiesça et se transforma. Il s’envola rapidement et devint vite imperceptible tellement il prit de la hauteur. Pendant ce temps là, Kloe et Eufimios continuèrent leur marche en adoptant un pas de course, anxieux. Il en devait pas se laisser trop distancer par leur Maître. Néanmoins, pendant leur route, Kloe se posa quelques questions. Même si ce lieu était ce qui représentait la solidité de la roche noire, que représentaient la légèreté du fleuve à l’eau claire et l’éclat du soleil éternel ? Elle espérait du plus profond de son âme que ce dont avait parlé Eufimios était bien le bon endroit. Il ne leur resterait ainsi plus que deux énigmes à résoudre. Plus que…

Alors, un cri aigu perça le ciel. Les deux adolescents levèrent la tête d’un même mouvement et aperçurent un bel oiseau au dessus d’eux. Il avait l’œil vif et amusé. Ils reconnurent tout de suite leur Maître Latronis. Celui-ci se posa à leurs côtés et se retransforma. Il souriait. Il leur expliqua qu’il avait trouvé une grotte, quelques kilomètres plus loin, au milieu du désert qui se formait un peu plus à chacun de leur pas. Cependant, rien ne permettait de définir si cette grotte était bien le lieu dont parlait la charade. Malgré tout, ils décidèrent de s’y rendre et de constater par eux-mêmes si quelque chose pouvait correspondre au fleuve à l’eau claire et à l’éclat d’un soleil éternel. Ils mirent un peu plus d’une demi-heure pour parcourir les quelques kilomètres qui les séparait de la dite-grotte.

 

******

 Bartimé et ses troupes suivaient Latronis et ses Apprentis à la trace. Le fils d’Oleg respirait leur odeur comme il respirait l’air qui lui permettait de vivre, chaque pas le rapprochant d’eux lui insufflant plus d’air qu’il n’en avait respiré jusqu’alors. Il sentait qu’il se rapprochait d’eux, qu’ils fatiguaient. Ils étaient proches du but. Lui et ses troupes étaient en un lieu où l’herbe disparaissait petit à petit pour laisser place à un sol terreux et sec. Il n’avait absolument aucune idée du lieu où allaient Latronis et ses deux Apprentis, bien qu’il connût cet endroit. Cette terre était appelée « Le limon des esprits damnés ». Bartimé n’avait jamais trop su pourquoi. Tout ce qu’il savait à son sujet, c’était que peu d’hommes aimaient à s’y aventurer car on ne voyait plus la fin de cet espace bourbeux et désert. Toutefois, il n’hésita pas une seconde et pénétra sur ces terres avec ses troupes. Après tout, elles lui appartenaient. Mais ses troupes avaient besoin de se reposer. Bartimé savait qu’en cas de combat, ses armées seraient exténuées et peu efficaces. Pourtant, le chef du clan des Malificus fit signe à tous ses combattants de continuer à marcher. Ses troupes le suivirent sans broncher. Ils n’avaient pas de temps à perdre. Fatigue ou pas, ils auraient l’avantage du nombre.

 

******

La grotte était magnifique, pleine de peintures toutes plus ancestrales les unes que les autres. Kloe et Eufimios restèrent un long moment à tourner à l’intérieur de la grotte, admirant chaque détail, en découvrant à chaque coup d’œil. Latronis avait adopté une toute autre attitude et, bien que trouvant lui aussi la grotte très belle, se mit à regarder par terre, sur la pierre sombre du sol et des murs, si quelque chose pouvait correspondre à leur énigme. Il soupirait de désespoir. Comment trouver un fleuve à l’eau claire et un soleil éternel ici ! En même temps, une autre question le tracassait. Si cette grotte était bien celle dont parlait Eufimios, pourquoi ne s’étaient-ils pas fait rejeter à l’extérieur du monument de pierre ? La solidité de la roche noire…Latronis tenta de faire exploser la pierre mais celle-ci ne résista pas et éclata en poussière. Pourtant, un sentiment étrange le poussait à penser que c’était bien ici. Mais alors…où était cette dague !

 

« Maître, quelque chose ne va pas ? interrogea Kloe

- Je réfléchis.

- Vous pensez que nous faisons fausse route ?

- Non, je pense que nous sommes au bon endroit.

- Mais alors où se cache la dague Maître ? Et cette énigme…dites m’en plus s’il vous plait.

- Eufimios…as-tu trouvé quelque chose ?

- Non Maître. Pour dire vrai, j’étais trop absorbé dans la contemplation des dessins de cette grotte pour travailler à résoudre l’énigme. Et puis, je dois avouer que je perds espoir, soupira-t-il avec regret.

- Et c’est bien là votre problème à tous les deux. Vous êtes jeunes et, bien qu’ayant une quête importante et précise, vous préférez vous amuser. Je ne dis pas que cette grotte n’est pas admirable. Elle le serait en d’autres circonstances. En ne vous intéressant pas à notre énigme, vous jouez avec votre vie. Soyez bien conscients que Bartimé nous course et que lui et ses troupes peuvent être là d’un moment à l’autre. Ils ne perdront pas leur temps à contempler les sinuosités d’un mur ! S’il arrive avant que nous n’ayons trouvé la dague, nous sommes tous morts. »

 

Un lourd silence s’imposa dans la grotte à la suite de cette implacable vérité, pendant lequel Latronis fixa ses deux Apprentis, têtes basses. Ils étaient trop jeunes et trop insouciants. Le vieil homme leva la tête et ferma les yeux et, comme s’il avait au dessus de lui le ciel, il s’adressa intérieurement à Maître Edris. Il se posait tellement de questions. Pourquoi avoir confié une telle mission à une fille si jeune ? Pourquoi lui avoir demandé à lui de reprendre la relève, Maître déchu ? Que devait-il prouver avec l’aide de ces enfants ? La tâche était si primordiale !

 

« Quoiqu’il en soit, je sais que nous sommes au bon endroit. Je sens en cette roche plus de force qu’en n’importe quelle armée. Cette grotte correspond donc à la troisième partie de l’énigme, celle concernant la solidité de la roche noire. Cette dague est ici, sinon nous nous serions fait expulsés il y a déjà de longues minutes. Alors, maintenant, il faut trouver un soleil à l’éclat éternel et un fleuve léger à l’eau claire.

- Mais Maître…il n’y a ni eau ni lumière qui pénètrent ici…

- Vous ne cherchez pas au bon endroit »

 

Le Maître coupa court à la discussion, laissant ses deux amis hébétés. Il s’approcha du mur et le contempla, pour la énième fois. Il tenta de toucher le mur. Il était…humide. L’eau claire…

Latronis continua ses recherches de plus belle, certain d’avoir trouvé une piste. A tâtons contre le mur grossier de la grotte, il espérait trouver de la chaleur désormais. Mais il ne fut rien. Il eut beau faire tout le tour de la grotte, ses mains ne touchèrent que la rudesse du mur et de l’humidité. Où se cachait le soleil ? Il eut un coup d’œil instinctif vers l’extérieur. Il s’en rendit immédiatement compte de l’idiotie de son geste.

Alors il leva les yeux de nouveau pour contempler le plafond noir et granuleux. Noir et granuleux sauf là-bas, dans le coin gauche de la grotte. Oui, il y avait un tout petit rond jaunâtre déformé. Il s’y précipita, suivi par ses Apprentis qui avaient compris que leur Maître tenait quelque chose.

Arrivé au fin fond du renfoncement, il toucha de nouveau la roche. Humide, évidemment. Il releva les yeux. Mais oui bien sur ! Une peinture de soleil gardait l’éclat eternel et l’humidité représentait la légèreté du fleuve. Mais il manquait l’eau claire. Latronis murmura quelques mots tout doucement et toute la grotte s’illumina d’une lumière blanche éblouissante. Elle ne resta que quelques minutes. Mais ce laps de temps fut suffisant pour apercevoir nettement le dessin d’un fleuve bleu turquoise aux contours blanchis. Les trois magiciens se regardèrent, attendant patiemment qu’il se passe quelque chose.

Mais rien.

La pénombre était revenue et le silence avec. Un silence percé au loin par des bruits sourds. L’armée de Bartimé arrivait et les trois compères n’avaient toujours pas la dague. Il fallait faire vite ou ils allaient devoir affronter des hommes armés jusqu’aux sourcils.

 

« Maître, est-ce que je peux essayer ?

- Bonne idée. Kloe devrait essayer Maître !

- Vas-y. En espérant que tu réussisses. »

 

Kloe ne sut pas trop quoi faire mais maintenant qu’elle avait proposé son aide, elle devait agir. Elle commença à tendre sa main fébrilement avant de se retirer. Elle devait d’abord se concentrer et réfléchir. La jeune fille calma sa respiration puis essaya d’accumuler le plus d’énergie possible dans sa main avant de la poser contre le mur.

Rien.

Elle tenta de répéter mentalement l’énigme, la main toujours posée sur la roche.

Rien.

La panique commença à s’emparer d’elle. Il fallait à tout prix qu’elle évite de s’énerver. Elle enleva sa main, ouvrit les paupières qu’elle avait fermées puis regarda furtivement les deux hommes. Ils avaient posé tout leur espoir sur elle. La jeune Apprentie ne devait pas les décevoir, elle n’en avait pas le droit. Kloe regarda une fois encore la roche puis aperçut une petite fente en haut du ruisseau. Sa forme lui rappelait quelque chose mais elle n’arrivait pas à trouver quoi. Une forme allongée, de petite taille. Farfouillant dans sa mémoire, elle rechercha mentalement tout ce qui pouvait s’apparenter à cette forme dans une vie d’humain.

Ouvrant rapidement son sac, elle en sortit son Grimoire sous l’œil inquiet de son Maître. Rapidement, elle trouva ce qu’elle cherchait. Elle glissa la clé incrustée dans le Grimoire dans la fente. Pourvu que ça fonctionne !

Refournissant de l’énergie à sa main et refermant les yeux une ultime fois, elle suivit le trajet du fleuve avec son index tremblant, tout en continuant mentalement à répéter l’énigme, fébrile. Quand elle arriva au bas du dessin, son cœur battait la chamade. Elle rouvrit les yeux et regarda Latronis et Eufimios.

Ils arboraient un air presque radieux en dépit des circonstances. Et pour cause. Kloe semblait avoir ouvert une brèche dans la roche de la grotte. Une brèche au fond de laquelle on distinguait un reflet argenté. Certainement la lame de la dague. Ils étaient si près du but désormais !

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