Chapitre X : Un combat acharné

Latronis poussa un cri suraigu et battit des ailes. Le vieil homme sourit. Se connaissaient-ils ? Instinctivement Kloe recula. Son Maître vint se placer devant elle, récupérant soudainement sa forme humaine. Elle remarqua immédiatement que Latronis foudroyait le vieil homme du regard. La colère qui animait ses pupilles fit frissonner la jeune fille. Kloe cherchait tant bien que mal à comprendre mais son esprit ne tournait pas suffisamment vite. Pendant quelques secondes qui parurent une éternité à Kloe, les deux hommes s’affrontèrent du regard, le ciel grondant à cause du climat électrique qui régnait ; puis une force invisible décala la jeune fille de plusieurs mètres en arrière. Elle lutta, bien qu’elle sut que ce fut l’action de Latronis. Elle ne voulait pas être écartée du combat !

Le vieil homme sourit à nouveau, voyant que Latronis enlevait Kloe du combat. Il hocha lentement la tête et ses cheveux blancs se mirent à voler autour de lui, comme si un vent puissant s’était levé. De lourds nuages gris s’amoncelaient dans le ciel. L’orage approchait. Le vieil homme semblait voler, mais seuls quelques petits centimètres le séparaient du sol. Ce personnage que Kloe avait prit pour un vieil homme semblait être un être bien plus empreint de Magie.

Ce fut au tour de Latronis de sourire.

« Oleg, Oleg… enfin te revoilà... J’ignorais que tu avais fui le Royaume des bannis dans lequel tu t’étais réfugié. C’est une très mauvaise idée que tu as eu. Vraiment très mauvaise.

- Si tu savais comme j’étais impatient de te revoir, ricana le dénommé Oleg. Mon cher Latronis…Qu’est donc devenu ce précieux Edris, interrogea-t-il sournoisement. Et Kassandra, alors ?

- Morts. Comme toi bientôt.

- Ooooh ! Latronis, comme tu as changé avec moi. J’en suis vraiment désolé !

- Tu les as tués.

- Pourquoi revenir sur le passé ? Oui Chad et Kassandra sont morts. As-tu l’intention de les pleurer toute ton existence ? Tu devrais me remercier ! En te débarrassant de ton Maître Chad, je t’ai permis l’émancipation ! Quant à Kassandra… une petite gamine sans grand intérêt ! Oh certes, elle avait certains pouvoirs, mais quoi d’autre ? Non vraiment, j’ai fait de bonnes actions !

- Tu les as assassinés. Froidement. Et j’aurais ta peau, susurra Latronis tel une vipère.

- Qui est donc cette jolie jeune fille que tu ne veux pas mener à notre discussion ? questionna Oleg en tournant la tête vers Kloe et en affichant une mine réjouie et amicale.

- Touche au moindre de ses cheveux et tu…

- Tu ? Cesse donc tes menaces en l’air ! Mlle Oleodas me semble suffisamment grande et mûre pour juger d’elle-même ce qu’elle pense bon et ce à quoi elle veut participer. Sache jeune fille que je suis vraiment désolé du décès de ton Maître… »

Pour toute réponse, Kloe le fixa froidement, ses yeux verts creusés de cernes enfoncés pénétrant au plus profond du vil sorcier. Il mentait comme il respirait. Chaque parcelle du corps d’Oleg dégoûtait l’Apprentie. Elle aurait voulu que l’hypocrisie de ses mots le brûle jusqu’à la moelle. Elle fixa ses mains pâles et dégingandées, ses longs bras et ses jambes fines. Il avait l’air tellement fragile et désarticulé que Kloe eut presque pitié de lui. Latronis ne ferait qu’une bouchée de lui. Un rire sombre retentit au fond d’elle. Elle voulait assister au carnage dont il allait être victime. Il n’allait avoir que ce qu’il méritait. L’Apprentie lutta mentalement contre le bouclier protecteur qui l’enveloppait. Latronis ne réagit pas, laissant le choix à Kloe. Décidée, elle franchit le seuil protecteur et s’approcha d’Oleg qui la fixait toujours de ses pupilles étroites, souriantes. Arrivée à sa hauteur, elle leva la tête. Leurs regards se croisèrent l’espace d’une seconde. Une lueur crépita dans les yeux de la jeune fille téméraire. Elle fronça les sourcils et déclara d’une voix posée et étonnamment calme.

« Vous n’êtes qu’un sale pourceau infâme…

- Que d’insolence ! Est-ce comme ça que ce vieux Edris t’a éduqué ? Tu mérites un châtiment !

- CERTAINEMENT PAS OLEG ! » rugit Latronis

Oleg avait tourné la tête vers le Maître de Kloe mais Latronis avait été le plus rapide des deux. Il projeta Kloe en arrière d’un geste de la main. Celle-ci atterrit sur les fesses en un « bong » retentissant. Tandis qu’Oleg tendait le bras sur Kloe, les yeux de Latronis s’illuminèrent d’une lueur dorée et un halo d’un blanc immaculé l’entoura. Kloe n’en crut pas ses yeux. Latronis était dans un tel état de fureur que tout son corps resplendissait. Ses yeux étaient devenus aussi sombres que les bûchers de l’Enfer et sa posture lui donnait une ampleur sans commune mesure. Il prenait appui sur sa jambe droite. Le dos courbé mais la tête droite, il étendait ses bras devant lui comme les chevaliers brandissaient leur épée. Le bout de ses doigts crépitait furieusement et ses mains tremblaient. Kloe eut peur de son Maître et fut incapable de dire si les tremblements étaient le résultat de la colère ou d’un sort qui attendait d’être jeté. Une intense lumière du même blanc jaillit de son torse, guidée par les doigts de Latronis, et toucha le sorcier qui vacilla. Kloe comprit que le tremblement était un sortilège.

« Je t’avais prévenu !! Tu ne la toucheras pas. Pas elle.

- Je vois que tu as récupéré tes pouvoirs, espèce de renégat, siffla Oleg. Qui a été suffisamment idiot pour te refaire confiance ? Edris ? Je ne pensais pas ce vieux crétin suffisamment bête pour te rétablir tes pouvoirs !

- Qui est le plus idiot d’entre nous ?! Où as-tu mis la dague, Oleg ?

- C’est donc elle que tu cherches, hein ? Tu rêves, même si je te le dis, vous ne la retrouverez pas, jamais. Et vous n’en ressortiriez pas vivants ! Je ne veux pas de vos corps dans mon repère !

- Je te le répète une dernière fois. Où as-tu mis la dague ?

- Plutôt mourir… »

Latronis haussa les sourcils et ricana. Malgré la contenance qu’il tentait de conserver, Oleg était soucieux. Il n’avait pas prévu que Latronis serait en pleine possession de ses moyens. La tâche serait peut-être plus ardue mais d’autant plus passionnante. Après avoir observé Latronis, Oleg se mit en position. Il prenait appui sur ses deux pieds, bien écartés mais sur une même ligne. Un courant électrique semblait remonter le long de ses jambes, puis de son corps entier. Il se tenait droit mais avait la tête légèrement basculée sur le côté, observant ainsi la scène d’un angle différent. Contrairement à Latronis qui plaçait ses mains droit devant lui, Oleg garda la main gauche à quelques centimètres de son corps, près de son cœur et tendait une main droite furieuse de laquelle se dégageait de la chaleur. La chaleur provoquait un flou autour de son membre et Kloe eut un sursaut d’horreur. Les deux sorciers ressentaient une haine et une hargne d’une telle ampleur que l’Apprentie eut un haut-le-cœur.

Un intense combat entre Latronis et Oleg s’ensuivit. Kloe remarqua que les deux sorciers semblaient de puissance égale. Ils n’arrêteraient jamais si l’un des deux ne mourait pas. Alors que Latronis envoyait un jais de lumière contre Oleg, celui-ci contrait habilement son attaque d’un revers de la main, avec un dôme d’un bleu pétillant, contre lequel rebondissait l’attaque de Latronis. Latronis devait donc esquiver sa propre attaque tout en se méfiant de celles lancées par le tueur de Kassandra.

Quand Oleg attaquait, Latronis esquivait et relançait. La poussière écarlate volait autour des deux combattants, créant un flou gaussien. Les mouvements amples et fluides de Latronis étaient l’exact opposé des déplacements lourds d’Oleg. Kloe discernait mal leurs visages mais elle entendait les rugissements d’Oleg. Elle ne parvenait pas à savoir si c’était de la douleur ou de la jubilation. Un énorme bruit retentit, fracassant. L’orage avait finit par éclater et le combat fut plongé dans une pénombre nouvelle, formée par les noirs nuages qui surplombaient la scène. La pluie vint tomber à grosses goutes, s’écrasant sur Kloe. Latronis et Oleg ne semblaient pas être dérangés par l’averse qui se déversait sur eux. Pourtant, ils furent rapidement trempés jusqu’aux os. Mais le bruit de l’orage avait couvert un autre éclat. Dans un éclair, Kloe crut que l’un de deux combat-tants était tombé à terre mais il n’en était rien. Elle comprit rapidement que Latronis avait lancé une double attaque, mentale et physique, contre Oleg mais que celui-ci l’avait contré. Mimant un cercle avec son bras, il avait créé une barrière magique qui protégeait son corps et son esprit. C’est contre cette barrière qu’étaient venus s’exploser les deux attaques de Latronis. Les étincelles violines qui crépitaient autour des deux sorciers donnaient une idée à Kloe de la violence de l’attaque. Le boucan de l’orage couvrait le fracas du combat. Mais Kloe était inquiète. Son Maître Edris lui avait appris que la nature n’intervenait jamais par hasard. La présence de cet orage n’annonçait rien de bon. Elle devait intervenir. Mais comment ? Elle ne maîtrisait pas ses pouvoirs ! Elle ne pourrait jamais s’attaquer à quelque sorcier aussi puissant et en ressortir indemne. Un coup d’œil vers le ciel lui indiqua qu’elle n’avait pas d’autres choix. Il était temps pour elle de faire ses preuves.

Elle ferma les yeux et respira un grand coup puis, brandissant ses mains en protection, elle s’approcha des deux combattants. Peut-être une formule pourrait-elle l’aider. Elle se rappela toutes les incantations qu’avait pu lui apprendre son Maître. Il lui fallait faire vite. Oleg fatiguait mais Latronis semblait à bouts de force.

« Sorciers de mon cercle !

C’est vous que j’appelle !

Vous dont les noms se mélangent !

Dispersez ce sorcier loin de nos anges ! »

La formule était de son cru. En effet, aucune de celles qu’elle ne connaissait ne convenait et elle ne pouvait en adapter aucune. Vu le temps qu’il restait, il lui avait fallu faire vite. Elle jeta un coup d’œil vers Oleg. Malheureusement il était toujours là. Maître Edris lui avait dit un jour que seule, une formule est rarement efficace, sauf quand il s’agit d’une futilité. Mais Oleg semblait malgré tout fort affaibli. Fort bien affaibli. Peut-être qu’en répétant la formule avec son Maître et en allumant une bougie noire… Elle savait qu’elle avait une bougie noire dans son sac. Aussitôt elle jeta un coup d’œil vers son sac et évalua la distance entre elle et lui. En quelques secondes, elle fut près de lui. Ni Oleg ni Latronis ne firent attention à elle. Le combat continuait de faire rage. Kloe dut se jeter à terre pour ne pas être touchée par une attaque d’Oleg que Latronis venait de dévier. Elle venait d’échapper à un torrent d’étincelles émeraude. Avec un soupir de soulage-ment, elle ouvrit son sac, farfouilla quelques secondes qui lui parurent beaucoup trop longues et trouva enfin une bougie noire. Les paroles de son Maître Edris lui revinrent en tête : « La bougie noire est souvent utilisée dans les contre-maléfices car elle casse la malchance et les malheurs. De plus, elle sert à bannir les esprits malins, à chasser le mal. C’est une bougie très utile. »

Elle courut vers Latronis et prit une profonde inspiration. Oleg était à terre mais il semblait marmonner quelque chose. Utilisant un peu de l’énergie qui lui restait, Latronis créa un dôme de protection autour de lui et de son Apprentie. Il l’interrogea d’un signe de tête et quand il comprit, il était déjà trop tard. Oleg était debout et semblait prêt à revenir à l’attaque. Impossible pour Latronis d’empêcher l’action de son Apprentie. Résigné mais pas convaincu, il alluma la bougie d’un mouvement de la main. Kloe s’apprêta à répéter la formule mais Latronis l’arrêta d’un coup d’épaule et la convia à regarder Oleg. Le simple fait d’avoir allumé la bougie semblait l’achever. Il se tortillait dans tous les sens, braillant des paroles incompréhensibles, jetant des regards fous de tous les côtés. Sa souffrance était perceptible, presque palpable. Un sourire illumina le visage de Kloe qui se sentit victorieuse. Puis Oleg explosa. De petits bouts de chair rougeâtres retombèrent sur le dôme et Kloe dut retenir un cri d’horreur. Quelques instants après, Latronis fit disparaître le dôme et balaya d’un geste négligeant de la main les restes d’Oleg qui disparurent sans laisser de trace. La jeune adoles-cente s’apprêtait à être félicitée par Latronis mais les yeux de ce-dernier étaient loin d’exprimer ce qu’elle espérait. La colère qu’elle y lisait l’effraya plus que la rage dont il était plein lors de son combat avec Oleg. Elle comprit que la fureur qu’elle percevait lui était destinée, à elle. Il était fou de rage. Il souffla sur la bougie pour l’éteindre et la fit disparaître. Kloe se douta qu’elle été réapparue dans son sac mais n’osa pas bouger pour aller vérifier.

« Ne t’avais-je pas demandé de rester en dehors de ce combat ?

- Mais vous alliez vous faire tuer !

- Tu oublies que je suis ton Maître et que tu dois respecter mes consignes !

- Mais…

- Il n’y a pas de mais qui tienne ! Tu as risqué ta vie. Pour rien !

- Je suis désolée Maître, je ne le referais plus…

- J’espère bien ! Cependant j’admets que l’idée de la bougie était excellente. Son pouvoir de bannissement des ondes néfastes et des puissances maléfiques était celui qui nous fallait. On voit qu’Edris n’a pas fait son travail à moitié. Je n’aurais jamais pensé que sa méticulosité pourrait un jour me sauver la vie.

- Vous reconnaissez donc que je vous ai sauvé ! s’exclama Kloe, ravie.

- En revanche la formule n’était pas vraiment nécessaire, rétorqua Latronis en fusillant Kloe du regard

- Pourtant, elle l’a affaibli.

- Ce n’est pas ta formule qui l’a affaibli. C’est la cage magique électrifiée que j’ai lancé mentalement sur lui qui l’a presque tué. Tu comprends pourquoi je te dis que tu ne maîtrises pas encore tes pouvoirs ? Tu lances des formules sans savoir ce qu’elles peuvent provoquer ! Celle-ci n’a causé de tort à personne mais la prochaine pourrait s’avérer plus destructrice ! Alors la prochaine fois, abstiens toi.

- D’ailleurs en parlant de pouvoirs…je croyais que vous n’en aviez plus ?

- Presque plus. Mais c’est la requête que j’ai faite à Edris. Il a fini par céder, il me les a rendus. Il tenait beaucoup à toi, alors la prochaine fois, écoute moi. Si tu ne le fais pas pour moi, fais le pour lui. S’il t’arrivait quelque chose, c’est moi qui me ferais taper sur les doigts. Et il serait capable de me bannir encore une fois. » A ce souvenir, Latronis eut une moue dégoûtée et quelques frissons le parcoururent. Kloe comprit que le Royaume des Bannis était loin d’être un paradis où il faisait bon vivre.

Kloe ne répondit rien et se contenta d’hocher la tête. Elle était tout de même fière d’elle. Elle avait tué Oleg. Quoiqu’en dise Latronis, elle était persuadée que son action avait achevé Oleg.

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