Chapitre V : La révélation

 Tous deux, Apprentie et Maître se dirigèrent vers la sortie de la serre. Kloe fit un détour par les vestiaires pour enlever ce costume hideux et retrouva son Maître quelques minutes après.

« J'ai autre chose à te dire Apprentie.

– Ah bon Maître ?

– Oui quelque chose de très important. Je vais te confier une tâche, et pas des plus faciles je te l'avoue.

– Je le ferais Maître Edris, si cela m'aide pour mon apprentissage, je le ferais.

– Oh oui cela t'aidera très certainement mais pas forcément de la manière dont tu le penses.

– Que...que voulez-vous dire ?

– Eh bien voilà chère Apprentie, je veux que tu expliques à tes parents ton statut actuel.

– Que...quoi ??

– Oui Kloe, le fait que tes parents sachent que tu es désormais l'une des nôtres, que tu es désormais une sorcière est très important, c'est même capital. Comprends-tu Kloe ?

– J'avoue que non Maître Edris. Mes parents ne me croiront jamais, ils me prendront pour une folle, et puis s'ils savent que je sors tous les soirs pour apprendre les forces mystiques des végétaux avec un homme qu'ils ne connaissent pas...non Maître je suis désolée mais je ne pourrais pas faire cela. Vraiment navrée...

– Il le faudra bien pourtant...Tant que tu ne l'auras pas fait, nous ne pourrons pas continuer nos leçons. »

Puis, dans un courant d'air, Maître Edris disparut, laissant Kloe seule face à son désarroi, face à son dilemme. Elle savait que ses parents ne la croirait pas mais Maître Edris semblait y accorder tant d’importance...Elle ne voyait plus qu'une solution. Elle prit dans son sac son portable. Elle tapota sur quelques touches et attendit, l'oreille aux aguets. Dring...dring...dring... La sonnerie lui sembla durer une éternité jusqu'à ce qu'elle entende la voix familière d'Edric. Elle ne savait pas quelle serait le comportement de son petit ami avec elle après le phénomène du lycée.

« Edric, mon ange, heureusement tu as décroché !!!

– Tiens Kloe depuis quand tu m'appelles ''mon ange'' ?

– Edric je suis désolée pour cette journée mais comprend-moi...

– Comprendre quoi ? Que je te fais honte ?

– Non ce n’est pas ça mais...

– Alors c'est quoi ?

– Edric ne t'énerve pas s'il te plait... ! Je t'en supplie ça ne se reproduira plus, j'ai vraiment besoin de conseils, est-ce qu'on pourrait se voir ?

– Maintenant ? Et pourquoi est-ce que j'accepterais ?

– Edric je...je...

– Tu ?

– Je t'aime Edric et il faut que je te voie, j'ai un problème avec M...

– Avec Maître Edris ?

– Oui...

– Très bien, j'arrive, je te retrouve chez toi dans vingt minutes, ça te va ?

– Oui, fais vite.»

Puis tous deux raccrochèrent. Kloe s'était attendue à cette réaction de la part d'Edric mais elle ne s'y était pas préparée. Ah les hommes...

Dix minutes plus tard, Kloe était chez elle. Ses parents ne lui avaient rien dit en la voyant rentrer un peu plus tard et elle ne chercha pas à comprendre, elle monta directement dans sa chambre. La logique aurait voulu qu'elle écrive dans le Grimoire pour prévenir les Apprentis que les parents devaient être au courant mais Kloe ne le fit pas. Elle préféra s'installer calmement à son bureau pour faire ses devoirs, cela la calmerait un peu sans doute. C'est donc ce qu'elle fit. Après tout, si personne avant elle ne l'avait prévenue, pourquoi le ferait-elle?

Son exposé de sciences lui parut bien compliqué et son exercice de maths bien recherché. Elle avait presque terminé son commentaire de texte en français lorsqu'elle entendit le tintement de la sonnette. Elle descendit aussitôt mais trop tard, sa mère était déjà plantée devant la porte, regardant d'un œil vitreux le jeune homme qui se présentait à elle comme étant le petit ami de sa fille. Pauline regarda Kloe. L'adolescente lui sourit. Sa mère ne lui rendit pas son sourire.

« Avant de te coucher, nous devrons discuter Kloe Adélaïde Oléodas. Nous sortons dîner avec ton père. Nico et Maxim sont chez ta tante. Nous irons les chercher en rentrant. Vous avez la maison à vous mais ne faites pas de bêtises. Quant à vous jeune homme…entrez»

Kloe soupira et fit signe à Edric de monter avec elle dans sa chambre. Alors comme ça, ses parents lui refaisaient confiance au point de lui laisser la maison, avec un garçon à l'intérieur. Ca sentait le roussi...S'attendaient-ils à ce qu'elle fasse une bévue ? Si tel était le cas, elle se débrouillera pour ne pas la faire.

Les deux tourtereaux montèrent à l'étage. Edric était derrière Kloe et la pre-nait par les hanches, tendrement. Kloe était le dos contre son buste et marchait devant, visiblement ravie. Puisqu'ils étaient seuls, autant lui montrer la maison. Lorsqu'ils eurent fait le tour de toutes les pièces, ils revinrent s'installer au salon, la télé allumée avec le son au minimum. L'Apprentie se dégagea bien contre son gré de l'emprise affectueuse d'Edric et s'assit en face de lui. Elle lui expliqua la situation. Des larmes emplissaient ses yeux qui rougissaient. Edric vint vers elle et tenta de la réconforter.

« Ecoute Kloe, c'est normal que ça t'effraye et je ne te dis pas de ne pas avoir peur, je ne te dis pas de ne pas redouter la réaction de tes parents mais nous sommes deux pour affronter cette difficulté. Nous y arriverons, n'ai pas de crainte à ce sujet.

- Mais Edric, mes parents ne voudront jamais comprendre, mon père va prendre ça comme une mauvaise plaisanterie, il va croire que je veux me moquer de lui. Ils ne me comprennent pas et ne veulent pas chercher à me comprendre. J'ai toujours tort et ils sont toujours raison. Je...

– Oula !! Mais je rêve ou ma petite protégée fait sa crise d'adolescence !

– Ne rigoles pas Edric c'est sérieux ! Si je ne le dis pas, je ne sais pas quel châtiment Maître Edris me réserve...Toi, tu es déjà passé par là, tu es plus vieux que moi, dis-moi comment tu t'en es sorti, je t'en supplie, j'ai besoin d'aide.

– Ma...disons que ma situation était bien différente de la tienne. Mes parents sont eux aussi des sorciers alors ils ont compris mais...

– Ce n'est pas une raison, tu as bien dû leur dire que tu avais désormais Maître Edris. Je veux rencontrer tes parents, je veux qu'ils m'aident !!

– C'est impossible ! Tu ne peux pas les rencontrer, ils sont partis à l'étranger pour deux ans à cause de leur travail. Et puis, estime-toi heureuse ! Si tes parents pensent que ce n’est qu’une plaisanterie, l’affaire sera bien vite bâclée !

– ...»

Edric emmena ensuite Kloe à la cuisine où il lui concocta un bon plat de pâtes. Elle engloutit tout en quelques minutes et monta se changer. Demain, une rude journée de cours l'attendait. De plus elle n'avait pas terminé son commentaire en français. Elle laissa Edric débarrasser le couvert et monta se réfugier dans sa chambre. Là elle se changea et termina son commentaire. Ce dernier était très complet et très bien rédigé, elle devrait obtenir une bonne note. Elle rangea ses affaires dans son sac et se coucha. Elle était fatiguée.

Edric ouvrit délicatement la porte et vint s'asseoir sur le bord du lit. Il attrapa la télécommande de la minichaîne hi fi et l'alluma. Une douce musique com-mença.

« J'adore cette musique..., commenta Kloe

– On danse ?

– Danser ? À cette heure-ci ?

– Oui, comme dans Cendrillon...sauf que tu ne partiras pas à minuit toi, mais moi oui »

Alors Kloe se leva et attrapa la main tendue d'Edric. Il l'attrapa au niveau des hanches et ils commencèrent à tournoyer, virevolter, papillonner. L’envie de dormir de Kloe avait fondue.

C'était un rythme joyeux et entraînant. La musique s'accélérait alors ils accé-léraient.

Puis Kloe tomba. Soudainement, dans un grand bruit sourd.

Son corps gisait là, inanimé.

La musique était triste désormais, sombre, monotone. Edric tomba à genoux, il regardait Kloe, ne sachant que faire. Il cherchait désespérément la cause de cette chute mais il ne la trouva. Alors il s'approcha d'elle, de son visage d’une pâleur inouïe. La musique avait changé, c'était une musique douce, toujours triste mais aux sons délicats et harmonieux, c'était un air de désespoir. Edric était à présent à quelques centimètres de son visage. Que devait-il faire? Il l'attrapa et la porta dans son lit. Lui la regardait avec une expression de profond effroi .Le visage de Kloe blêmissait et ses yeux restaient clos. Elle n'allait pas bien. Alors Edric décida de prendre des initiatives. Il était prêt à en payer les conséquences. Il chercha où elle cachait ses ingrédients lorsqu'il vit une belle chouette hulotte blanche. Il lui ouvrit la fenêtre. Maître Edris.

« Edric, je pense inutile de te demander de ne rien faire pour Kloe c'est pourquoi je t'autorise EXCEPTIONNELLEMENT à utiliser la magie. Ne prend pas ça comme un traitement de faveur...Les affaires de Kloe se trouvent dans l'armoire de sa chambre. Prépare l'autel et utilise la formule du Grimoire.»

« Mais quelle formule, s'épouvanta Edric, laquelle choisir, il y en a des milliers dans un Grimoire !!! Surtout dans celui de Kloe qui est certainement le plus complet de la société magique à laquelle nous appartenons. »

Il se dirigea donc vers l'armoire en question et l'ouvrit. Il était 22h52. Les pa-rents de Kloe rentreraient aux alentours de minuit. Le jeune Apprenti sortit le chaudron, le Grimoire et tout ce qu'il fallait pour préparer l'autel. Ce dernier fut prêt aux alentours de 23h00. Alors l'amoureux posa le Grimoire sur l'autel déjà bien rempli. Une brise froide vint lui glacer les entrailles et le Grimoire s'ouvrit sur une page jaunie. Il n'y avait aucun démon de représenté, seulement plusieurs dizaines de formules étalées sur deux pages complètes, écrite d’une fine calligraphie. Des formules variées. Edric réfléchit, il ne savait pas laquelle choisir, il y en avait beaucoup trop !! Il les observa une à une.

Toi la femme qui chante au crépuscule

Qui change l'amour en débauche

Et rend l'homme grotesque

Vif et mutin

Selon Edric, celle-ci ne convenait pas à son cas.

« Maître Edric !! Je ne sais pas laquelle prendre !!»

Soudain une goutte de cire de la bougie posée à côté du Grimoire tomba sur le livre. Edric regarda le Grimoire. Maître Edris lui avait appris à interpréter les signes. Celui-ci en était un, il le savait. La cire était tombée au bord d'une formule que le jeune Apprenti prononça aussitôt auprès de sa bien-aimée.

"Entends notre désespoir

Pour ceux qui sombrent dans le noir

Purge-la afin qu'elle s'éveille

Et que cette toxine se mette en veille"

Malheureusement, rien ne se passa, Kloe ne se réveilla pas. Ses yeux étaient restés aussi fermés qu'auparavant. L’incompréhension d’Edric se lisait dans ses yeux. Il n'y avait pourtant que cette formule qui correspondait. Puis il comprit, quelque chose dans la formule ne devait pas correspondre à Kloe. Il la relut. Plusieurs fois. «Et que cette toxine se mette en veille »Kloe n'était atteinte d'aucune toxine. L'Apprenti était persuadé que ses pouvoirs se développaient, tout simplement. Sans doute était-elle entrée en transe ou alors faisait-elle un autre rêve prémonitoire. Il fallait modifier la formule et il fallait le faire vite. Mais Maître Edris ne lui avait pas encore appris à reformuler des incantations !! Edric ne savait pas faire. Tant pis. Il prit une feuille de papier et un crayon qu'il trouva sur le bureau de Kloe. Il était 23h12. Il fallait faire vite et bien : le moindre faux pas, Kloe risquait de sombrer dans le coma. Il le sentait. Edric réfléchit, il avait du mal à trouver et les aiguilles de l’horloge continuaient de tourner, inlassablement. Puis il la trouva. La phrase qu’il remplacerait, dans la formule déjà écrite, l'élément qui ne correspondait pas.

"Entends notre désespoir

Pour ceux qui sombrent dans le noir

Purge-la afin qu'elle s'éveille

Et que ses pouvoirs plus lentement se révèlent"

Edric revint vers Kloe et susurra les doux vers bienfaiteurs près de son oreille. Il attendit une réaction. L'oreille de Kloe vibra légèrement et ses paupières clignèrent peu à peu. Edric se retira en souriant. Il avait réussi. Et voilà père, suis-je enfin digne d'être ton fils ?Songea-t-il. Oui, sans doute l'était-il. Comme il était aussi le plus heureux des hommes.

« Edric, que s'est-il passé ? Mes parents sont revenus ?

– Ne t'en fais pas je pense que ça devrait aller maintenant. Il faudra que tu en parles à Maître Edris...

– Parler de quoi ? Explique-moi Edric !!

– Tu avais envie de dormir mais en montant te coucher, nous avons dansé un peu puis tu t'es sentie mal et tu t'es évanouie mais je pense que ce ne sont que tes pouvoirs qui se développent, s'empressa-t-il d'ajouter devant le regard anxieux de la jeune fille.

– Pourquoi veux-tu que j'en parle à Maître Edris, il le sait déjà. Non ??

– Oui bien sur qu'il le sait déjà, c'est même lui qui m'a autorisé à utiliser la magie pour te réveiller mais j'insiste pour que tu lui en parles quand même, car même s'il sait ce qui t'es arrivé et, je pense, pourquoi ça t'es arrivé, il lui fait connaître les détails de ton malaise. Il n'est pas un Dieu, il ne voit pas tout en détails. En fait on dit que les Maître savent ce qui arrive à leurs Apprentis mais en réalité ils ne le savant pas vraiment, ils le sentent, par des impulsions, des tensions dans l'air, des mouvements des nuages et encore tout plein d'autres petits signes bénins qu'ils ont appris à déchiffrer. C'est pour ça qu'ils ne connaissent pas tout en détails. Mais qu’ils sont autant vénérés.

– Alors même pour nous...

– Il sait que superficiellement nous sortons ensemble mais il ne sait rien de plus et il ne cherchera pas à en savoir plus.

– Toi en revanche tu connais beaucoup de choses sur Maître Edris, comment ça se fait ?

– Nous en reparlerons une autre fois, il se fait tard, tes parents ne vont pas tarder à rentrer et moi je dois m'en aller. On se revoir demain en cours Kloe ?

– Bien sur.

– A demain

– Edric ?

– Oui ?

– Merci pour tout ce que tu as fait...»

Alors qu’un sourire se dessinait sur les lèvres angéliques d’Edric, Kloe sombra dans un profond sommeil qui l'emmena dans un pays imaginaire qui la mettait hors de danger. Edric l'observa un instant puis sortit de la pièce. Puis de la maison qu'il ferma d'un petit mouvement circulaire du doigt.

Lorsque Mickaël et Pauline, accompagnés de Nico et Maxim rentrèrent, tout était calme, aucun bruit. Ils avaient voulus rentrés plus tôt pour pouvoirs prendre Kloe par surprise mais un contretemps les avait retardés. Ils avaient crevés et Mickaël n'avait pas prévu de roue de secours. Mais ils étaient néanmoins rassurés de voir la maison en bon état.

« Tu crois que ça s'est bien passé leur soirée ? demanda madame Oleodas.

– Oui ne t'en fais pas, ne te fais pas tant de soucis pour elle, elle grandit, arrête de la couver. Allons viens, on va se coucher.

– Oui, tu as sans doute raison. Mais je vais quand même aller voir si elle s'est endormie. Nico et Maxim vous allez dormir...et sans broncher, il est tard et vous avez école demain. »

Avec un ronchonnement dédaigneux, les deux garçons montèrent dans leur chambre respective et s'endormirent aussitôt. M. Oleodas regagnait lui aussi sa chambre tandis que Pauline se rendit délicatement, à pas feutrés, dans la chambre de Kloe. Lorsqu'elle poussa la porte, elle retint un hoquet de surprise. Ses yeux s'emplirent de larmes de peur. Quelle horreur !! Qu'avait-elle fait ? Elle s'approcha puis ressortit en vitesse. Elle referma la porte et s'y adossa. Puis elle alla rejoindre son mari.

Kloe descendit les marches lentement, mal réveillée par le cri strident de son réveil, un mal au crâne dû à la soirée éprouvante de la veille. Son pyjama était froissé, sa nuit avait été mouvementée du même rêve étrange qu'elle faisait déjà depuis quelques temps.

Elle se frotta énergiquement les yeux et remit ses cheveux en bataille dans un ordre à peu près correct avant d'être peignés. Mais elle eut tout juste le temps d'achever son geste. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'elle vit sa mère tenant le Grimoire entre ses mains moites, des bougies tout en montrant le chaudron sur la table. Kloe se pétrifia un instant puis elle tenta de se ressaisir et s'assit en face de sa mère en faisant quelque chose qui ressemblait à un rictus.

« Bonjour maman. Ta soirée s'est bien passée ? Tu as fait des achats hier ?

– Ne te moques pas de moi, tu sais très bien où j'ai trouvé ce matériel. Pourquoi ne nous as-tu pas dit que tu étais malheureuse au point de faire parti d'une secte ? Kloe...

– Mais maman, bafouilla Kloe, je ne fais partie d'aucune secte !! C'est juste que...je suis...enfin comment t'expliquer...je ne sais pas comment te l'annoncer.

Des larmes commençaient à remplir ses doux yeux verts

– Maman, je ne suis pas prête, pas encore, à tout vous dire, comprend-moi s'il te plait

– Comprendre quoi ? Si tu ne veux pas me l'expliquer peut-être accorderas-tu plus de temps à ton père ce soir quand il rentrera. Maintenant déjeune en vitesse. Pour ton information, oui ma soirée s'est très bien passée hier, ton père et moi nous sommes beaucoup amusés.»

Kloe but un chocolat en vitesse et fila s'habiller dans sa chambre. Elle fut prête bien avant que cela ne fut nécessaire mais elle avait décidé d'écrire dans son journal.

Elle le prit et commença. Son stylo (elle n'utilisait les plumes plus que pour la magie) courait d'un bord à l'autre de sa feuille sans jamais s'arrêter. Les larmes que contenaient les yeux de l'Apprentie finirent par couler, inondant les pages, lorsqu'elle décrivit la catastrophe de la matinée. Kloe en était bouleversée. Elle referma le journal après en avoir écrit presque cinq pages. En regardant l'horloge elle se rendit compte qu'il était l'heure d'aller en cours. Aussitôt elle prépara son sac et partit, sans rien demander à personne.

Durant tout le trajet, elle ne put retenir les larmes qui coulaient inlassable-ment sur ses joues déjà trempées. Elle ne pouvait se résoudre à en parler ainsi à ses parents. Pas de cette façon là.

Les cours de la matinée se déroulèrent normalement, ou du moins tout aussi normalement que possible. En arrivant dans l'enceinte du lycée, elle fut assaillie de questions par Kathleen qui lui demandait pourquoi elle pleurait. Kloe ne répondit pas. N'ayant plus de larmes à proposer, ses yeux avaient cessé de pleurer mais leur contour restait rouge sang et boursouflé. A midi, Kloe s'attarda à la récré en compagnie de Kathleen à qui elle avait décidé de tout raconter ne pouvant plus le garder pour elle. Cette dernière l'écouta sans rien dire puis elle tenta de la réconforta en ne portant aucun jugement. L'Apprentie se calma un peu jusqu'à l'arrivée d’ Edric. Il voulait parler à Kloe.

Les deux jeunes gens s'éloignèrent et discutèrent. Kloe annonça à Edric que sa mère avait découvert son autel certainement hier soir en rentrant. L'Apprenti baissa les yeux tout en répondant qu'elle n'y était pour rien, que c'était entièrement sa faute. Il lui expliqua qu'il avait été obligé d'installer l'autel pour invoquer la formule et précisa qu'il avait certainement omis de l'enlever. Qu'avait-il fait ? Il avait mené sa petite amie dans une impasse où elle ne souhaitait surtout pas arriver ! Il s'excusa et ils rejoignirent Kathleen qui attendait leur retour. Puis ils allèrent manger, tous les trois. Kloe ne fut pas bavarde pendant le déjeuner, elle songeait à la meilleure manière d'annoncer son nouveau statut à ses parents. Mais aucune idée lumière ne lui apparut et son caractère resta maussade durant la fin de l'après-midi.

Son sentiment de peur qu'elle éprouvait déjà au réfectoire s'intensifia lors-qu'elle avança en direction de chez elle, elle allait à présent devoir affronter ses parents.

Elle poussa la porte le plus délicatement possible, en essayant de se faire passer pour une souris mais ses parents l'attendaient, assis sur le canapé. L'Apprentie s'approcha et s'assit sur le fauteuil le plus éloigné, à distance suffisante en cas d'énervement trop intense de la part de son père.

« Kloe je crois que nous sommes en droit de savoir ce que tu manigances. Hier en entrant dans ta chambre pour vérifier si tu dormais, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis tout un autel monté. Oui un autel véritable composé d'une table drapée de blanc, d'un chaudron, d'encens, de bougies et d'un Grimoire d'après le titre d'intérieur. J'ai décidé d'approfondir mes recherches et je découvris dans ton armoire du sel, d'autres bougies, de l'encens, de l'encre de différentes couleurs, des plumes de différents volatiles et que sais-je encore !! Explique-moi ce que cela faisait dans ton armoire et dis-moi que ce n’est pas à toi Kloe ! ! Pas toi ! Ma fille !

– Malheureusement si, maman. Tout cela m’appartient. Je risque d'être un peu trop franche avec vous mais cela m'appartient. Je suis des cours en dehors du lycée, des cours un peu spéciaux, avec un Maître magicien, ajouta-t-elle à demis-mots Elle avait préféré le mot magicien à celui de sorcier.

C'est lui qui m'explique et m'apprend tout ce que je dois savoir. Ainsi ce soir comme chaque soir je vais me rendre dans une serre gigantesque que tu ne connais pas et que tu ne peux voir pour finir mon apprentissage des plantes aux propriétés magiques. Car j’en suis une aussi, maman. J'ai tout ce matériel pour effectuer quelques rituels et en ce moment mes pouvoirs sont en développement.

– Ma pauvre fille. Tu es tellement épuisée que tu t’imagines un monde qui t’es propre ! D’un côté je préfère ça. Je m’étais attendue à tant de choses horribles ! Mais tu n’es pas au pays des merveilles Kloe ! Il faut te réveiller ma puce !

– Ecoute Pauline laissons Kloe gérer tout ça. Son monde lui appartient et nous ne devons pas la couver constamment, expliqua d’un ton étonnement calme son père. C'est sa destinée, elle doit l'accomplir c'est son destin. C’est ta fille Pauline. Et quand bien même je trouve son discours choquant, elle fait ce qu’elle veut, elle est libre de ses propres choix. J’ai toujours cru en une entité suprême.

– Papa..., murmura Kloe, ébahie. Comment son père pouvait-il réagir de cette manière ?

– Je suppose que tu connais tout au sujet des Wiccans ? demanda-t-il

– Oui, c'était expliqué dans mon Grimoire. Mais je dois y aller, Maître Edris va m'attendre.

– Une dernière question Kloe…Le jeune homme à la maison hier, est-ce qu’il…?

– Oui

– Alors je t'interdis de le revoir, tu m'entends, je te l'interdis ! explosa Pauline

– Maman !!

– File !!! »

Kloe reprit ses affaires et ressortit en trombe. Son père l'avait bien trop bien prit –il y avait anguille sous roche- mais sa mère était littéralement chamboulée. Elle se rendit au Carrefour de la Duchesse et rentra dans la serre accompagnée de son Maître Edris. Ce dernier la félicita du pas qu'elle avait accompli en avouant sa nature à ses parents. Puis ils revinrent à leur cours et tout reprit son cours normal.

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Commentaires (1)

1. mikhOL 01/08/2010

Bizarre, la réaction de son père ! Je serais pas étonné qu'il soit magicien lui aussi (d'ailleurs ce serait logique, il aurait transmis de manière héréditaire les pouvoirs à sa fille !!)

Bon sinon j'attendais qu'elle se dépucèle, la Kloe, avec le Edric !! Seuls à la maison, dans sa chambre jusqu'à minuit, et ça leur a pas suffit ?! :P

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