Chapitre III : Edric Vianney

Le lendemain matin, sa mère vint la réveiller. Kloe n’avait que très peu dormi, son sommeil avait été plein de cauchemars burlesques mais effrayants. Elle se leva tant bien que mal et descendit déjeuner. Demain, on serait samedi ce qui signifiait une longue grasse matinée ! Mais ce soir, elle allait faire une excursion de nuit…non autorisée.

Après un long soupir plein d’angoisse, elle but rapidement son lait, avala deux biscottes et se prépara pour le lycée.

Kathleen attendait Kloe devant la grille. Anxieuse, elle espérait que son amie avait changé ses plans pour ce soir. La voilà qui arrivait. Elle se précipita vers elle mais Kloe ne l’avait pas vu venir. Ses yeux étaient ailleurs, ils regardaient intensément un nouveau garçon qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Kathleen, qui avait perçu son regard, sourit de telle manière à découvrir toutes ses dents blanchies.

« Il parait qu’il s’appelle Edric. Il est arrivé aujourd’hui.

- Edric? C’est bizarre comme nom… mais c’est tellement joli!

- Et devine quoi?

- Il est dans notre classe...

- Il est dans notre classe...hein, mais comment tu le sais ?

- Je ne sais pas, l'instinct. Mais en tout cas, il est sublime.

- Mais, tu sais que tu ne sais rien de ce mec !

- Je sais mais il est tellement beau, l’aura qui s’en dégage ressemble à celle d’un ange !

- L’aura qui s’en dégage ? Oui eh bien je suis désolée de couper court à tes rêveries mais la cloche vient de sonner, et on ferait mieux d’éviter d’être en retard!

- Oui, si tu le dis»

Kloe était dans une sorte de léthargie. Elle était hypnotisée par Edric. Celui-ci lui en revanche ne semblait s’apercevoir de rien. Il était seul, adossé contre un arbre, un livre de poche à la couverture sombre à la main, son sac à côté de lui et ses longues jambes croisées sur elles-mêmes. Il lisait tranquillement comme s’il était dans une calme bibliothèque. Lorsque la cloche sonna, il rangea soigneusement son livre dans son sac, mit ce dernier à l’épaule et se leva calmement, d’une démarche nonchalante. Il se dirigea ensuite vers la salle de Français, son premier cours, qui était celui de Kloe et Kathleen. Il ne s’installa pas cependant. Il resta debout, immobile, vers la professeur, qui, quand tout le monde fut assis, se leva et prit la parole en demandant le calme.

« Chers élèves, je vous présente un élève qui restera désormais dans votre classe jusqu’à la fin de l’année. Je vous pris donc de vous présenter et bien évidement d’être et de rester aimable avec ce jeune homme. Ce garçon s’appelle Edric. Edric Vianney. Je vois une place libre devant Kloe et Kathleen, va donc t’y installer

- Oui madame

- Kathleen, Kloe, veuillez aider votre camarade à prendre les bases et à lui expliquer le sujet sur lequel nous travaillons.

- Bien madame! » répondit Kloe

Edric vint donc s’asseoir devant les deux amies en adressant un sourire bien distingué à Kloe. Son teint si pâle d’ordinaire vira au cramoisi. Puis elle adressa un grand sourire radieux à Kathleen, qui mit une main devant sa bouche pour éviter d’éclater de rire. De la même manière que ses yeux ne quittèrent pas le jeune homme, son sourire ne quitta pas ses lèvres de la journée.

Mais en même temps, quelque chose d’autre l’attirait chez ce garçon. Il avait un côté mystérieux. Il ne parlait à personne. Ne s’approchait de personne. Et puis, il ne se séparait jamais de son livre de poche si sombre et qu’il rangeait avec tant de soin. Kloe et Kathleen auraient bien aimé pouvoir l’approcher pour discuter mais dès que quelqu’un s’approchait trop près, il rangeait son bouquin dans son sac et s’adossait contre un arbre isolé pour recommencer à lire, loup solitaire parmi des chiens déchainés.

En ce beau jour d’été où le soleil était à son comble, la blondeur des cheveux d’Edric reflétait contre tout ce qui l’entourait. Kloe était envoûtée certainement aussi par ses yeux d’un bleu clair électrique scintillants ex-ceptionnels. Même le sourire constant qui s’affichait sur ses lèvres faisait fondre la jeune fille. Kathleen, elle, ne pouvait s’empêcher de sourire aussi en la voyant craquer autant pour ce garçon. Mais son sourire s’effaça vite quand elle se rappela l’excursion que devait effectuer son amie. Toute la journée elle essaya de l’en dissuader mais elle ne parvint à obtenir de Kloe que des sons assez primitifs tels que «hum», «pff» ainsi que des hochements de tête affirmatifs ou négatifs en fonction des moments et des questions.

La journée des lycéennes s’arrêta donc sans que Kathleen n’ait la certitude du renoncement de son amie.

Sur le chemin du retour, Kloe avait encore la tête ailleurs mais lorsqu’elle ne fut plus qu’à quelques pas de sa maison, elle sembla retrouver la raison et s’intéresser à autre chose qu'à Edric. Elle repensa à Maître Edris, à sa sortie et à cette seule pensée, tout son corps se mit à frissonner malgré la chaleur torride. Elle plaqua la main devant sa bouche rien qu’à l’idée que son père la surprenne en pleine escapade. La peur ébranlait l’adolescente. Mais, après avoir longuement respiré et s’être calmée, elle rentra chez elle, salua ses parents et monta dans sa chambre directement. Elle fit rapidement, en bâclant beaucoup plus que d’habitude, ses devoirs et descendit dîner.

Elle avala rapidement son rôti de porc et ses cardons et remonta en courant dans les escaliers. Arrivée en haut, elle se barricada dans sa chambre après être passée sous la douche pour se rafraîchir.

Elle regarda l’horloge. Celle-ci indiquait 21h30. Il lui restait encore 2h32 avant son rendez-vous. Elle prit un petit sac à dos qu’elle avait caché et y mit, soigneusement rangés, sa petite bourse contenant les bougies et les bâtonnets d’encens ainsi que le grimoire. Elle referma le sac puis, après avoir réfléchit quelques instants, le rouvrit et y glissa le petit mot écrit à l’encre. Elle défit ses draps et y mit au milieu quelques robes de chambre, peignoirs et oreillers pour imiter son corps. Elle doutait fort que cette ruse trompât son père mais cela rassura sa conscience. Lorsqu’elle eut terminé ses préparatifs, il était 22h15. Elle calcula que pour aller sous le Porche du Grand Parc, il lui fallait 17 minutes. Il lui faudrait donc partir environ à 23h45 de chez elle. Il ne lui restait plus que 1h30. Ne sachant que faire du temps qu’il lui restait, elle se demanda à quoi pourrait lui servir ce sac à dos. Elle ne trouva pas de réponses. Aux bornes de l’ennui, elle sortit son journal intime et lui expliqua en détails sa journée. En fait, elle ne lui parla que d’Edric car sa journée se résumait à sa rencontre. Elle le décrivit comme étant un splendide jeune homme, à la carrure athlétique, grand, blond aux yeux bleus électriques, bon lecteur et aimable. Ce qui était tout à fait vrai. Entre chaque mot, elle relevait son stylo BIC pour le revoir dans sa tête. En relevant la tête, elle s’aperçut juste à temps qu’il était 23h40 et qu’elle devait partir. Rassemblant tout son courage, elle souleva le loquet de sa fenêtre et leva la vitre. Puis elle prit une de ses pantoufles et la glissa de telle sorte à tenir la fenêtre ouverte, jeta le sac à terre et se balança à son tour au sol. Se relevant tant bien que mal elle attrapa le sac et se précipita en direction du Grand Parc, pieds nus.


« Pile à l’heure Kloe.

- Oui Maître Edris.

- Est- il besoin de te présenter Edric?

Aucun son ne parvint à franchir la barrière de ses lèvres et elle se contenta de garder un air ébahi à l’évocation du prénom.

- Oui, c’est bien le même Edric que tu as rencontré ce matin même dans ton lycée.

- Non, bien sur que non, vous n’avez pas besoin de me le présenter!

- Tant mieux. Kloe cette nuit, tu vas devenir une des nôtres, une magicienne, une vraie. Ton pouvoir est puissant, très puissant, trop puissant pour que tu puisses le contrôler seule. C’est pourquoi nous sommes là, pour t’aider à le contrôler. Edric va t’apporter ton matériel d’Apprentie que tu rapporteras chez toi et que, bien entendu tu garderas secret.

- Bien sur !!!

- Edric s’il te plait…

- Tout de suite Maître !»

On vit une ombre noire se diriger vers le fond du Porche pour en ramener divers outils de plus ou moins grosse taille. En revenant, Edric posa tout son matériel aux pieds de Kloe en faisant une jolie courbette puis en se relevant, un clin d’œil bien appuyé. La jeune adolescente rougit et Maître Edris tira ses lèvres dans un rictus. Puis il reprit la parole pour expliquer à sa jeune apprentie ce qu’était ces outils.

« Voici, dit-il en désignant une jolie dague, un athamé. Cette dague re-présente l’air et il te servira lors de tes rituels à tracer des cercles magiques, à diriger ta volonté vers un endroit précis ou encore, utilisation plus simple et évidente à couper tes ingrédients.

- Merci, répondit Kloe en rangeant consciencieusement son athamé. Et cette autre dague, c’est pour moi aussi? c’est au cas où je perde mon athamé?

- Non! Tu n’as pas le droit de perdre tes outils! c’est autre outil s’appelle une Bolline et cette dague s’emploie essentiellement à couper les feuilles, les plantes et le bois des baguettes mais aussi à graver sur les bougies des symboles ou des noms. Chaque instrument à sa fonction, ne les confond pas si tu veux obtenir de bons résultats.

- Ah, d’accord…

- Voici un objet qui, je l’espère te sera familier…!

- Euh…, hésita Kloe, ça ressemble à un encensoir.

- Très bien, c’en est un. Tu me sembles plus doué que ne l’était Edric au début. Cet encensoir te servira évidemment à brûler ton encens.

- Logique...!

- Tu as dû emmener avec toi le Grimoire.

- Vous voulez parlez de ce gros bouquin, qu’à chaque fois que je l’ouvre je ressens des frissons Maître?

- Oui c’est ça. Il te servira pour apprendre quelques sortilèges et autres tours mais tu dois aussi le tenir régulièrement à jour en y répertoriant ce que tu auras appris et qui n’est pas indiqué. Car après ta mort il servira à d’autres sorcières qui auront le même travail que toi pour pouvoir perpétuer notre savoir.

- Promis, je le ferais Maître.

- J’espère bien…Voici maintenant des plumes. Elles te serviront pour inscrire ton savoir dans le Grimoire mais aussi pour tracer des pentacles…

- Des pentacles? C’est quoi des pentacles?

- Les plumes ont diverses particularités en fonction de l’oiseau dont elle provient. Celles-ci sont des plumes de faucon, améliorant les connaissances et la culture générale…

- C’est bien pour les contrôles . . .!

- …celles-ci des plumes de colibri qui apportent beauté, gaieté, insouciance et habileté. Ah j’allais l’oublier cette jolie plume, c’est une plume de Geai bleu elle apporte la clarté en période de trouble et la lumière à l’égaré. Elle prévoie donc la dépression et la tristesse. Il y a aussi une plume de Colombe, parfaite pour les rituels de paix, de bienveillance, et de déclaration d’amour. Non, tu n’as pas le droit d’utiliser la magie à des fins personnelles!

- Wouah!!

- Tu me demandais ce qu’étais les pentacles il me semble?!

- Oui Maître.

- Les pentacles font parties des amulettes les plus puissantes et protectrices répertoriées dans les grimoires de Magie Blanche. Le plus connu d’entre eux est sans aucun doute cette étoile à cinq branches.

- Ah oui j’en ai déjà vu quelque part…mais je ne sais plus où.

- Cela n’a pas d’importance. Continuons. Tu as reçu quelques encres en voilà d’autres. Maintenant tu as les six encres qui te seront nécessaires, l’encre mauve, verte, rose, orange, de Jupiter, et rouge. Tu devras te créer un autel chez toi, consacré uniquement à la magie, l’autel doit être recouvert d’un drap blanc. La forme et les matériaux utilisés n’ont aucune importance. En général il est dressé au centre d’un cercle et fait face au nord. C’est sur cet autel que tu placeras l’encens, les bougies, etc.

- Bien Maître.

- Maintenant voilà un ustensile dont tu serviras, le chaudron. Ce dernier, en métal ou en fonte ou encore en cuivre symbolise le feu. Il te sera nécessaire pour élaborer tes recettes. La baguette, est le symbole des Wiccans et plus particulièrement de la Haute Magie. Elle canalise la puissance pour la déferler sur autrui. Elle est longue à peu près comme ton avant bras mais on ne s’en sert que très rarement . . .

- Comment connaissez-vous la longueur de mon avant bras?

- Et tu devras la poncer régulièrement avec du papier de verre fin. Comme tu le vois nous avons déjà tout fait pour toi, nous l’avons percé de bout en bout avec une aiguille d’acier chauffée pour y introduire un long fil d’or et tu pourras y graver un pentacle si tu le souhaites. Tu devras aussi lui trouver un étui en soie pour la garder à l’abri de l’érosion naturelle et aussi des regards indiscrets. Maintenant je peux répondre à tes questions.

- D’accord Maître

- N’oublies pas que, pour la longueur de ton avant-bras, je connais tout ce que j’ai besoin de savoir.

- D’accord merci Maître.

- Edric, tu peux venir ici s’il te plait?

- Oui Maître. »

 

Maître Edris discuta quelques instants avec son apprenti puis celui-ci revint vers l’adolescente et lui proposa avec un grand sourire de la raccompagner chez elle. Evidemment, cette dernière accepta.

Ils discutèrent tout le long du chemin qui ramenait Kloe chez elle. Elle de-manda à Edric depuis combien de temps il était l’apprenti de son Maître et il lui répondit un an. Après quoi, ils furent devant la fenêtre de la chambre de Kloe. Cette dernière avait le cœur battant mais ne savait que faire. Fallait-il lui dire ou attendre un moment plus propice? Et lui, qu’allait-il faire? Ce fut un choc pour Kloe d’apprendre qu’Edric était aussi un apprenti magicien. A son grand étonnement, Edric embrassa amicalement la joue de Kloe qui rougit aussitôt. Il faudrait qu’elle travaille sa sensibilité. Mais comme il faisait nuit noire Edric ne vit rien. Il commença à s’en aller puis se retourna et dit à Kloe: « Au revoir, à lundi au lycée…». Kloe toute heureuse releva lentement la fenêtre et rentra dans sa chambre. Elle ouvrit son placard d’où elle tira son journal intime, elle avait la ferme intention de tout lui raconter.

Le lendemain matin, ce fut un samedi 22 Juin très chaud et pesant. Une lé-gère pluie battait les carreaux de la fenêtre de Kloe. Cette eau alourdissait encore le temps. Il était 11h23 et malgré la pluie et le brouhaha que faisaient Nico et Maxim, Kloe dormait toujours à poings fermés. Ses yeux clos étaient détendus et un léger sourire étirait ses lèvres. Des bruits distincts de pas se firent entendre dans l’escalier. C’était Pauline qui montait. Elle poussa la porte de Kloe et resta attendrie devant le sommeil profond de sa fille pendant quelques courts instants. Puis elle s’approcha et s’assit délicatement sur le lit. Elle leva Kloe avec une étonnante douceur.

Une demi-heure plus tard, Kloe, ayant renoncé au petit déjeuner, s’était ha-billée et lavée. Lorsque Maxim vint dans sa chambre pour lui demander de jouer avec lui, il la trouva plongée dans un grand livre à la couverture sobre. A coté d’elle se trouvait la grande table en bois gros recouverte d’une grande nappe blanche. Il se trouvait au milieu d’un cercle d’un blanc nacré très clair. Du sel certainement. Sur cette table était posée encens, bougies rouges et un couteau bizarre. Lorsque Kloe le surprit, elle le chassa et ferma sa porte à double tour. Puis elle se concentra et se rappela les paroles de Maître Edris: …s’appelle une Bolline et cette dague s’emploie essentiellement à couper les feuilles, les plantes et le bois des baguettes magique mais aussi à graver sur les bougies des symboles ou des noms.

Voilà. Elle avait tout lui semblait-elle. Elle allait jeter un petit sortilège simple. Juste pour voir ce que cela allait faire.

Elle s’approcha de son autel qu’elle avait pris soin d’orienter face au nord et d’encercler avec un peu de sel. Elle prit ses bougies blanches et y grava le nom EDRIC en lettres capitales bien droites. Puis elle les reposa et alluma de l’encens de Benjoin, dit «de Vénus» et les bougies. Kloe plaça son chaudron sur la table. Ce n’était pas un gros chaudron, il était en fonte. Ensuite elle attrapa sa plume de Colombe et écrivit sur un bout de parchemin vierge à l’encre rose dite «Sang de Colombe» ces quelques mots:

Qu’Edric à Kloe ouvre son cœur

Que son secret l’entoure et l’effleure

Puisse son sentiment s’exprimer enfin

Qu’elle sache que son amour n’est pas défunt.

Après quoi elle fit brûler lentement le papier sur l’une des bougies et en fit tomber les cendres dans le chaudron. Pour finir, elle récita, les yeux clos, une nouvelle fois la formule en éteignant une bougie à la fin de chaque vers. Lorsque les quatre bougies furent éteintes, Kloe enleva son chaudron, éteignit et rangea l’encens, ainsi que la Bolline et les bougies tout comme le parchemin, les encres et sa plume. Ensuite, elle balaya de gauche à droite le sel. En balayant de droite à gauche, cela aurait attiré le démon. Précautionneusement elle alla ranger son Grimoire dans la penderie et mis les cendres du papier dans un petit sachet quand son père entra.

« On va mang---é. Kloe! Qu’est-ce que c’est que tout ce capharnaüm?

- C’est, … c’est rien papa. J’arrive, je descends dans une minute. Le temps de ranger cette table.

- Très bien. Après déjeuner je monterais vérifier si tout est bien rangé.

- D’accord. »

Kloe finit son rangement en quatrième vitesse et descendit manger. Son père était toujours braqué contre elle. A peine eut-elle finit son repas que le téléphone sonna. Elle décrocha le combiné et entendit la voix de Kathleen. La faisant patienter un instant elle rangea ses couverts dans le lave-vaisselle et gravit les marches de l’escalier. Elle poussa et ferma à clé sa chambre pour pouvoir parler librement à Kathleen. Elle lui décrivit sa soirée d’hier sans omettre de dire qu’Edric était un sorcier aux ordres de Maître Edris. Elle lui raconta aussi le sort qu’elle venait de pratiquer. Kathleen ne répondit pas. Elle était sceptique. La magie existait-elle réellement? Tous les faits le confirmaient mais pourtant . . .

« Kloe, ce n'est pas que je n'ai pas confiance mais quel genre de sort as-tu lancé ?

- Un sort de Magie Rouge, juste un petit sort de rien du tout...

- C’est-à-dire?

- J’ai demandé à la magie de faire en sorte qu’Edric me dise ce qu’il ressent pour moi! dit-elle joyeuse

- As-tu pensé à la solution selon laquelle Edric ne … enfin ne ….

- Dis le fond de ta pensée! répliqua sèchement Kloe

- As-tu pensé à la solution selon laquelle Edric ne serait pas amoureux de toi?

- Non, enfin je . . .

- C’est pas grave laisse tomber. »

Kathleen avait raison, Kloe était sûre que le sorcier lui avouerait un amour, et non l’inverse. Aussitôt elle éprouva de la culpabilité. Qu’avait-elle fait? Elle risquait de se faire souffrir elle-même. Jamais elle n’aurait dû lancer ce sort! Mais elle ne s’en rendait compte que trop tard. Lundi, au lycée, Kloe pouvait s’attendre à toute sorte de déclaration aussi mauvaise soit-elle! Puis l’apprentie sorcière se remémora une phrase qu’avait dit son Maître: ''Non, tu n’as pas le droit d’utiliser la magie à des fins personnelles! ''

Et pourtant c'était purement ce qu’elle venait de faire. Elle commença à se demander ce que son Maître allait lui réserver comme punition quand un oiseau blanc, aux yeux verts pétillants et malicieux et au grand bec jaune cornu arriva. Il se percha et fit lentement tomber un petit rouleau de parchemin qu’il tenait entre son bec. L’adolescente le lut : Apprentie, tu n’as pas suivi mes conseils et tu as utilisé la magie à des fins personnelles. Heureusement, le sort que tu as jeté n’a pas fait de dégâts mais tu forces la nature à te révéler quelque chose qu’elle ne voulait te révéler que plus tard sans doute. C’est pourquoi, comme ton sort n’a pas causé de dommages je ne te punirais pas sévèrement mais juste pour que tu comprennes. Aussi ta punition sera la suivante: ta culpabilité sera telle qu'elle te fera prendre conscience de ce que tu as fait, j'y veillerais. Fais attention quand tu jettes un sort et surtout n’utilise PAS la magie à des fins PERSONNELLES.

Ainsi donc Maître Edris savait pertinemment quel sort elle avait jeté. Allait-il dire à Edric qu’elle lui avait jeté un sort? Aïe, mais pourquoi avait-elle fait cette bêtise? Mais elle n’eut pas le temps de réfléchir plus longtemps car quelqu’un venait de sonner à la porte. Elle entendit son père ouvrir et discuter quelques minutes avec un homme puis il l’appela, elle. Entre temps, l’oiseau était parti. Elle descendit à pas de loups et plaqua ses mains contre sa bouche. Elle pensait ne le voir qu’au lycée mais voilà qu’il se présentait devant sa porte avec un air penaud et des fleurs, des jonquilles. Mickaël les laissa et ils montèrent dans la chambre de l’apprentie. Il était alors 14h30. Edric déposa les fleurs dans les mains de Kloe lorsqu’ils furent arrivés dans la chambre. Kloe les huma, elles sentaient bon. Elle prit un vase, le remplit d’eau de la salle de bain et y déposa affectueusement les fleurs jaunes. Puis elle proposa aimablement au jeune homme de s’asseoir sur le lit. Il accepta. Le cœur de l’adolescente battait la chamade. Qu’allait-il lui dire? Qu’allait-il faire. Pourquoi avait-il pris des fleurs? Pour s’excuser?

« Kloe?

- Oui? s’inquiéta-t-elle

- Les fleurs te plaisent?

- Elles sont magnifiques, j’aime bien les jonquilles.

- Je m’en doutais. Alors que je me demandais quelles fleurs prendre, j’ai immédiatement repensé à la malice de tes yeux et à la douceur de ton visage, d’où les jonquilles.

- Merci, c’est gentil.

Son cœur battait de plus en plus vite.

- Tu offres souvent des fleurs à des filles que tu connais à peine ?

- Toi, c’est un peu spécial. Nous avons un bout de chemin à faire ensemble.

Ce que Kloe comprit comme une déclaration d’amour n’en était pas tout à fait une. Mais l’ambigüité qu’elle laissait plaisait à Edric.

- Un bout de chemin à faire…ensemble ? Qu’est-ce-que je dois comprendre ?

Ne sachant que dire, il se tourna brusquement et l’embrassa. Si brusquement que leur visage faillirent se heurter. Kloe fut prise de cours et ne savait pas comment réagir. Que devait-elle faire? Rien de cela ne se serait passé si elle n’avait pas jeté ce sort stupide! Elle se laissa donc embrasser pendant quelques secondes, hébétée. Puis quand il cessa, elle n’osa pas le regarder. Devait-elle lui dire qu’elle l’avait envoûté pour brusquer un peu les choses? Non pas maintenant. Elle se retourna alors lentement et ils échangèrent un long regard complice.

«Je t’aime »

De nouveau, elle ne sut que répondre et se contenta de murmurer un petit « moi aussi ». Un large et joyeux sourire apparut sur les lèvres d’Edric tandis qu’un pâle rictus étirait celles de Kloe. Mais Edric ne s’en était pas aperçu. Ils restèrent ensemble l’après-midi, et pour le plus grand bonheur d’Edric, personne ne vint les déranger. Ce n'était pas que le fait de sortir avec le jeune Apprenti la dé-rangeait, loin de là son esprit, mais elle se sentait coupable…! Coupable de ne rien lui avoir dit. Mais tant pis, elle lui dirait le moment venu.

Lorsque vint 18h et que l’horloge de la maison finit de sonner les six coups, Edric se redressa. Ils étaient donc restés ensemble si longtemps? 3h30!!! Il fallait qu’il s’en aille. Il avait rendez-vous avec Maître Edris dans 10 minutes et le Maître ne considérait pas les retardataires. S’extirpant lentement des bras de Kloe, il l’embrassa une dernière fois et s’en alla. Laissant derrière lui une jeune adolescente pleine de remords. Lorsqu’il fut bel et bien parti, Kloe attrapa son journal et se mit à écrire frénétiquement. Jamais elle n’avait ne serait-ce que rêvé ce qui lui arrivait actuellement. Tout d’abord elle se retrouve projetée dans un monde dont elle ignore presque tout, dont elle doit tout apprendre. Puis elle rencontre Edric et se met à sortir avec. Et pourtant cela n’est pas un rêve.

Elle écrivit et décrivit pendant près d’une heure après quoi, lorsqu’elle eut jeté sur les feuilles blanches tous ses remords et ses regrets, elle ferma d’un coup sec et franc son journal et décrocha tout aussi rapidement le combiné téléphonique. Elle connaissait le numéro de Kathleen par cœur. Quand elle entendit la voix réconfortante de sa meilleure amie, l’apprentie fut presque soulagée et l'idée selon laquelle elle n'avait plus qu'à raccrocher désormais lui traversa l'esprit.

Le lendemain matin, sa mère vint la réveiller. Kloe n’avait que très peu dormi, son sommeil avait été plein de cauchemars burlesques mais effrayants. Elle se leva tant bien que mal et descendit déjeuner. Demain, on serait samedi ce qui signifiait une longue grasse matinée ! Mais ce soir, elle allait faire une excursion de nuit…non autorisée.

Après un long soupir plein d’angoisse, elle but rapidement son lait, avala deux biscottes et se prépara pour le lycée.

 

Kathleen attendait Kloe devant la grille. Anxieuse, elle espérait que son amie avait changé ses plans pour ce soir. La voilà qui arrivait. Elle se précipita vers elle mais Kloe ne l’avait pas vu venir. Ses yeux étaient ailleurs, ils regardaient intensément un nouveau  garçon qu’elle n’avait jamais vu auparavant. Kathleen, qui avait perçu son regard, sourit  de telle manière à découvrir toutes ses dents blanchies.

 

 «   Il parait qu’il s’appelle Edric. Il est arrivé aujourd’hui.

-     Edric? C’est bizarre comme nom… mais c’est tellement joli!

-     Et devine quoi?

-     Il est dans notre classe...

-     Il est dans notre classe...hein, mais comment tu le sais ?

-     Je ne sais pas, l'instinct. Mais en tout cas, il est sublime.  

-     Mais, tu sais que tu ne sais rien de ce mec !

-     Je sais mais il est tellement beau, l’aura qui s’en dégage ressemble à celle d’un ange  !

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Commentaires (1)

1. mikhOL 01/08/2010

Ahah l'amour a donc fait son apparition dans le chapitre 3 !! Je sais pas pourquoi, je sens qu'à la fin Kloe va devoir faire un choix entre le monde de la magie (et Edric) et le monde normal (et Kathleen) :P

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