Un parc en automne

Je suis dans le parc, ce parc que j’ai déjà parcouru en long, en large et en travers des millions de fois. Ce soir, je suis dans le parc, et je le redécouvre. Il fait un peu frais et le vent emmêle mes cheveux. Et ça ne me gêne même pas. Je ne râle pas, malgré cette mèche qui revient sur mes yeux, comme un ressac sur le rivage. Je marche lentement et, la tête haute, mes yeux ne se fixent sur rien, ils parcourent toute cette nature endormie, qui se prépare à grelotter de froid dans quelques mois. Les feuilles tombées des arbres, orangées, ne craquent pas encore sous mes pieds mais c’est comme si je sentais chacune d’entre elles. C’est étrange cette sensation de plénitude, ce bien-être qui remplit tout votre corps. Chaque parcelle de mon corps est détendue, apaisée. Cela ne m’était pas arrivé depuis quoi, un an. Non plus, deux. Trois même. Est-ce que cela m’était-il déjà réellement arrivé ?

 

Mes mains ne sont même pas dans mes poches. Le long de mon corps, elles suivent le cadencement de ma démarche, comme si, pour la première fois, elles ne formaient qu’un avec le reste de mon corps, comme si elles étaient fières d’appartenir à la même entité. Un léger sourire entrave mes lèvres et, émerveillée, je finis par m’assoir sur un banc en bois défraichi et abîmé. Je suis heureuse, mais encore lucide. Les oiseaux ne chantent plus, ils sont partis vers des horizons plus agréables pour eux et le jour commence à décliner plus tôt. Ce n’est pas pour me déplaire. Est-ce par nostalgie ou par romantisme mais je me sens tellement bien au coucher du soleil. Ce patchwork de couleurs pastel qui s’étendent dans le ciel comme sur une toile, sans rien demander à personne.

 

Il y a encore quelques mois, j’étais loin de m’imaginer pouvoir être si heureuse. J’étais même plutôt mal. Il y a encore quelques mois, j’aurais été incapable d’apprécier ces derniers rayons du jour pour ce qu’ils sont vraiment : la simplicité de la nature. Quand je fais le point, je me dis que je suis une nouvelle personne. On se dit souvent ça. Quand on a un nouveau copain, quand on prend un an de plus ou une bonne résolution. A chaque nouvelle année, chaque Noël. Aujourd’hui, ce n’est rien de tout ça.

Nous sommes en plein mois d’octobre, Noël et le nouvel an sont encore loin. Je suis avec mon copain depuis presque un an et malgré toutes les péripéties que notre couple a connues, malgré le fracas des vagues sur le rocher de notre amour, nous sommes encore là. On ne peut pas dire que nous ayons été unis dans l’adversité. Nous avons même frôlé la catastrophe à plusieurs reprises. Mais aujourd’hui, j’ai pris un recul sur cette situation qui me parait tellement improbable. Bien sur, mon cœur se sert quand je repense à tout ce qu’on a vécu, ce qu’il a pu me dire et je suis consciente que je ne pourrais jamais complètement passer l’éponge et oublier. Juste passer à autre chose comme s’il ne s’était rien passé. J’ai été trop blessée dans l’histoire. Mais je ne peux pas m’empêcher de faire un flash back dans ma vie et de me rendre compte à quel point il m’a changé.

 

Quand je me lève le matin, ma première pensée va à lui, quand je me couche le soir, c’est lui qui m’accompagne dans mes songes. Et il me suit toute la journée. Sa présence n’est pas matérielle. Elle est même complètement impalpable. Mais je le sens, tout prêt de moi, prêt à bondir au moindre souci, qui m’accompagne où que j’aille, quoique je fasse. Et j’ai confiance. Une confiance que je n’ai jamais connue auparavant et qui me rassure tellement, là où la confiance que j’ai toujours pu avoir auparavant laissait transpirer une peur d’être trahie. Je connais mes démons, j’ai appris, sinon à les dompter, au moins à vivre avec. A savoir qu’ils sont là, tapis dans l’ombre, prêt à passer à l’action au moindre écart de conduite. Mais assise sur mon banc, la bise caressant ma joue, je suis totalement rassurée.

Mon cœur ne bat pas la chamade et ça m’angoisse presque. Que m’arrive-t-il ? Où sont passés l’angoisse et la fébrilité, ces moteurs de ma vie ?

Dans le ciel se dessine une fresque en bleu gris et jaune. Les nuages se chahutent les uns les autres et le ciel change vite. Je souris. Et je repense aux débuts de notre couple. C’est étrange ce qu’il m’arrive. Cela va faire un an que nous sommes ensemble et pourtant, j’ai l’impression de retrouver l’amour naissant des premiers jours, l’émoi des premières passions. Quand il n’est pas là il me manque, même au bout de quelques heures et quand je suis avec lui, je ne pense à rien d’autre. Cette situation qui m’aurait tant fait peur il n’y a pas si longtemps fait aujourd’hui bondir mon cœur. Je m’émeus du moindre message où il me dit qu’il m’aime. Toutes ces niaiseries inutiles. Pourtant, ce n’est pas ça qui me rend réellement heureuse. Bien sur, cela contribue à mon bonheur. Mais il y a cette autre chose, cet autre sentiment tellement plus puissant, plus vibrant.

 

Depuis tout à l’heure, je sens une odeur fraiche, agréable, parfumée, sans parvenir à déterminer d’où elle vient. Je tourne la tête et remarque alors derrière moi ces fleurs qui semblent me tendre la main. Leur senteur m’enrobe, m’entoure et même les insectes ne me font presque plus autant peur. Ça relève de l’exploit !

L’air frais commence à me donner des frissons et je me dis qu’il serait temps de rentrer. Le tableau céleste s’est déplacé, laissant la place à une ombre de plus en plus sombre. Cette fois, la nuit tombe. Dans quelques minutes, il fera vraiment noir. Je me lève de mon banc et finit de parcourir le parc. Ses avenues boisées, son gazon mal tondu et ses mauvaises herbes. Ses mégots de cigarettes écrasés sur le sable et ses canettes jetées négligemment en dehors des poubelles explosées par le plan Vigipirate. Je soupire. Un dernier sourire. Et je tourne le dos à cette enclave de nature dans la ville, petit bol d’oxygène dans une cité à bout de souffle. 

exte

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