Premier rendez-vous

Je traversai la rue du Bœuf puis passai par des traboules pour finalement arriver sur la place Neuve, dans le vieux quartier de Lyon, St-Jean. Mes pas crissaient sur le fin sable rosé de la place. J’étais anxieuse. C’était la première fois ! Mon premier rendez-vous ! Comment rester calme dans de telles conditions ? Je posai mon sac par terre dans un petit bruit sourd. D’ailleurs était-ce le bruit qui était sourd ou bien moi ? Je sentais mes oreilles bourdonner et avais l’impression que tout autour de moi tournait. Quelle sensation étrange. Dire que je ne savais rien de lui hormis le fait qu’il avait dix-huit ans, qu’il était grand et qu’il serait aujourd’hui habillé d’un tee-shirt blanc, d’un jean bleu délavé troué, avec de grosses baskets rouges. Etait-il possible que ce soit vraiment lui ?

Comme je sentais mes jambes vaciller, je m’assis sur le banc froid. A moins que ce ne soit moi qui eut chaud ? Ma vue faisait des vagues, comme lorsque l’on se balade trop longtemps dans le désert et que, fatiguée d’avoir soif, on voit un oasis dans l’ondulation de l’air. Je me frottai les yeux. Baillai. Les autres semblaient se tourner vers moi. Je m’imaginais fort bien, assise sur ce banc, tremblante comme un cheval malade.

Je vis un homme passer devant moi. Un sourire illumina mon visage. Trop vite. Trop vieux pour moi…trop âgé pour que ce soit lui. Ayant un besoin urgent de parler, même à n’importe qui, je demandai l’heure à un passant. Dix-huit heures quinze. On avait dit rendez vous à dix huit heures pile !! Quelle audace d’être en retard à une première rencontre que je savais importante pour lui aussi. Avait-il finalement décidé de ne pas venir ? Non !! Je sentais que mes yeux peinaient à rester ouverts et m’autorisai alors un petit moment de faiblesse. Je fermai les paupières. Juste quelques secondes, quelques minutes tout au plus.

Je l’imaginais grand, brun, les yeux couleur lagon, un faible sourire dessinant ses lèvres quand il me verrait. Il viendrait me voir, rayonnant de joie mais un peu distant et gêné de me voir pour la première fois. Nous nous embrasserions et nous serrerions dans nos bras malgré tout. Puis nous discuterions. Beaucoup. De tout et de rien. De rien surtout. Je ne suis pas bien bavarde. Nous nous baladerions dans le vieux St-Jean, la nuit tombant, nos yeux se regardant, se croisant sans oser dire un autre mot…

Je rouvris alors les yeux. Difficilement. L’esprit toujours embrumé de mes illusions mêlées à ce que je savais de lui. Ma vue était toujours brouillée, sans doute même plus à cause du réveil, transformant les passants de plus en plus rares en œuvres de Picasso. Je riais de les voir ainsi, les yeux bizarres, les démarches hésitantes. Surtout lui d’ailleurs ! Quel clown il faisait.

Il s’avançait vers moi, jetant des coups d’œil furtifs sur le cadran de sa montre. Etait-ce ma vue qui déraillait ou était-il habillé d’un vieux et long tee-shirt blanc, qui, de loin, semblait lui arriver à mi cuisse, et d’un large jean bleu cyan distendu par les lavages ? Il était coiffé d’une manière étrange, enfin, encore soit-il qu’il ait coiffé sa masse capillaire noire, que je n’oserais appeler cheveux. Malgré tout, je lui trouvai un petit quelque chose qui faisait qu’il m’attirait. Une sorte de champ de force qui m’empêchait de détourner les yeux de ce jeune homme et qui me faisait avancer inlassablement vers lui, un sourire idiot sur les lèvres.

Soudain, une idée invraisemblable me passa par l’esprit. Se pouvait-il…que ce soit lui ? Bien qu’il semblât se produire quelque chose d’inexplicable entre nous, il ne correspondait pas ! Je voulais tellement le rencontrer ! J’avais fait tellement de recherches pour ne pas me tromper de personne !

Aucun doute n’était plus permis. Il avançait, ses pas crissants sur le sable de la place Neuve, à dix-huit heures trente. Et en plus il avait une demie- heure de retard ! Quel culot…Je réussis tout de même à m’arrêter de marcher quand je fus à sa hauteur. Il me salua d’un grand sourire. Je le lui rendis. Il s’appelait Jérémy.

« Enchantée, moi c’est Adélaïde » lui répondis-je d’un ton méfiant

Nous restâmes un certain temps sans rien nous dire et à ce moment-là, je n’aurais jamais imaginé que ce lieu fût à ce point important et marquant dans mon existence. Bien que je sache pourquoi j’étais là, je semblais dans un état second et je ne paraissais pas saisir l’importance de ce moment. J’étais cependant vraiment enchantée de me retrouver ici, avec lui. Je n’y pouvais rien après tout si ce Jérémy habillé dans de vieux draps défraichis ridicules, mais que je ne pouvais m’empêcher d’admirer, était celui que j’attendai. Mon frère.

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Commentaires (3)

1. Tonio 01/08/2010

Pas mal, la chute est bien trouvée. Bon, en même temps, ça fait un moment que je la connais.

2. Jeex 01/08/2010

Dés le début du textes je me suis dis "aller cette fois je vais trouver la chute après les premières phrases !" Même pas...Animé par la curiosité j'ai doublé ma vitesse de lecture pour arriver à la chute qui à décidée finalement de se présenter sur deux mots. J'en suis resté sur le fessier pour être poli. Encore Bravo à toi !

3. mikhOL 02/08/2010

Bien écrit, encore, c'est bien amené même si on se prend un peu moins à la confusion que dans la première histoire, vraiment très bien écrite !

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