Jeux de maux

Il est de ces mots qu'on ne peut pas oublier. Certains mots qui restent gravés à jamais dans une mémoire trop performante. Ces mots qui, dans un coup de blues, se font martelement incessant et tambourinent dans la tête comme pour rappeler qu'ils sont là. On a beau essayer de les oublier, de les mettre de côté mais rien n'y fait. Une image, un mot, une chanson, une attitude. Et hop ! La brûlure se rouvre, les mots deviennent violents et la douleur alors ressentie est pire qu'une marque au fer rouge.

Il existe de ces mots qu'on veut oublier. Qu'on range dans une case de sa tête, case qu'on ferme à clé, clé que l'on perd. Alors on s'en croit débarassé. Après tout, ces mots sont en sécurité, loin de toute possibilité d'accès. Alors on sourie et on dit que oui, on oublie. Que ça passera. On y croit. On veut y croire. Car on veut arrêter de souffrir. Je n'ai jamais connu pire douleur que celle infligée par les mots.

Pourquoi la mémoire humaine est-elle faite de telle manière qu'on retienne beaucoup mieux et beaucoup plus longtemps les mots qui blessent, qui détruisent, que ceux qui réconfortent ? L'homme doit-il seulement souffrir pour se constuire ?

Il se trouve qu'à l'évocation de certains mots, des images ressurgissent. Pour certains, les images sont plus fortes que les mots. Que penser alors d'une association mots et image ? Comment peut-on expliquer avec des mots, la déchirure causée par des mots ? Comment évoquer cette envie de pleurer qu'on retient quand on voit certains mots, certaines images ? Et quand ces mots et ces images en amènent d'autres, encore plus violents, encore plus douloureux, encore plus déchirants ? Quand ces mots se font violence pour s'imposer dans notre esprit ? Ces mots qu'on avait pourtant barricadés et dont on avait volontairement perdu la clé ? Ces mots qu'on ne veut pas croire mais qui reviennent, incessants, qui nous hantent, qui nous bouffent.

Il apparait que certains mots se fixent d'office sur les images sans plus jamais vouloir s'en décrocher. Des "Je t'aime", des "Ma chérie", des "seconds couteaux". Et alors dans nos têtes réapparait le fracas de ces mots. Et BAM ! Un coup de massue s'abat sur nos consciences et écrase nos coeurs, les laissant choire en charpie, au fin fond d'un nous-même déchiré par la peur, la douleur, les larmes et la colère. L'envie de frapper s'empare de nous, motivée par le tambourinnement de ces horreurs qui tournent toujours en boucle, en vieux trente-trois tours usé. Les mots forment une ronde terrifiante que rien ne semble pouvoir arrêter. On leur hurle de se calmer, on supplie une acalmie. Même à genoux, les supplications sont inefficaces. Les mots sont de terribles tueurs. Des criminels. Ils n'ont aucun remords. Ils s'acharnent sur une victime, qui faiblit. Qui lutte. Mais rien ne peut vaincre les mots.

Il est de ces mots qu'on ne peut pas oublier.

Qui résonnent en écho.

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